Si Beale Street pouvait parler

If Beale Street Could Talk

2018

Etats-Unis

1h59

de Barry Jenkins.

avec KiKi Layne (Tish Rivers), Stephan James (Alonzo 'Fonny' Hunt), Regina King (Sharon Rivers), Colman Domingo (Joseph Rivers), Teyonah Parris (Ernestine Rivers), Michael Beach (Frank Hunt), Aunjanue Ellis (Mrs. Hunt), Ebony Obsidian (Adrienne Hunt), Dominique Thorne (Sheila Hunt), Diego Luna (Pedrocito)...


Harlem, dans les années 70. Tish, 19 ans et Fonny, 22 ans, un jeune couple d'afro-américains, s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Mais alors que Tish tombe enceinte, Fonny est accusé injustement de viol et est incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer… Adapté du roman éponyme de James Baldwin, le réalisateur de Moonlight (trois fois oscarisé en 2017), revient avec un drame romantique, criminel et engagé. Barry Jenkins a une manière bien particulière de raconter les choses, c'est à la fois beau et laid, doux et violent. Il nous propose ici un film encore plus abouti, plus mature et poignant que son Moonlight. Il nous transporte au coeur d'une histoire d'amour façonnée au-delà des barrières de la langue, de la race ou des valeurs individuelles. Le drame propose, certes, certains idéaux politiques, mais il s'intéresse d'abord à cette relation amoureuse tortueuse.

Les deux acteurs principaux, KiKi Layne et Stephan James brillent de mille feux sous les traits de ces deux amoureux que la vie a malmenés. Dès que leurs regards se croisent, le temps s'arrête et le poids du monde devient moins lourd à porter. Regina King, qui interprète la mère de Tish, est tout aussi exceptionnelle. Elle s'illustre dans le rôle d'une femme déterminée à épargner sa fille des injustices et des échecs du monde dans lequel elles vivent. Barry Jenkins offre une réalisation sensible, humaine, qui nous transperce le coeur. Ses plans fixes des personnages sont bouleversants. À travers ces images muettes, les comédiens nous révèlent leurs inquiétudes et leurs espoirs, nous livrent un poème, une puissante ode à l'amour et à la résilience. Un grand film intimiste qu'il ne faut pas manquer.


La petite histoire

 Pour l'équipe, il était impensable de ne pas tourner à Harlem. Il s'agissait de rendre hommage aussi bien à la ville qu'au texte de James Baldwin. Une partie du tournage s'est déroulée à St. Nicolas Avenue, que Barry Jenkins connaît bien pour avoir longtemps vécu dans le coin, sur la 145ème rue. Le chef-décorateur Mark Friedberg y a déniché un immeuble de type "brownstone" vidé car en pleine rénovation. C'est là qu'a été construit l'appartement. 

Les clichés de photographes tels que Gordon Parks, Jack Garofalo et Paul Fusco ont permis de restituer l'ambiance des quartiers de la ville à la fin des années 60 et au début des années 70. Les photographies des "Tombs" (prisons new-yorkaises) de 1973-74 signées Bruce Davidson se sont également avérées inestimables.
Pour la lumière, Barry Jenkins et le directeur de la photographie James Laxton se sont penchés sur l’oeuvre de Roy DeCarava : "Nous voulions traduire la langue de Baldwin et l’énergie propre à Harlem dans l’écriture visuelle et la photo".