Entretien avec Amandine Fredon et Benjamin Massoubre, réalisateurs 

lepetitnicolas4Comment est né ce projet ? 

Amandine Fredon : Au départ, il s’agissait de réaliser un film documentaire mêlant les vidéos d’archives de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny aux histoires dessinées du Petit Nicolas. Finalement le projet a évolué et l’envie de réaliser la totalité du film en animation s’est imposée. Par rapport à l’univers des auteurs, cela semblait cohérent et nous permettait en plus d’adapter, pour la première fois, Le Petit Nicolas en cinéma d’animation.
 
Benjamin Massoubre : Ce film mélangeant vie des auteurs et nouvelles du petit Nicolas a finalement mis plusieurs années à être développé et financé et ce n’est qu’au printemps 2020 que je suis arrivé sur le projet. J’ai commencé par m’atteler à un travail de réécriture avec Anne Goscinny pour développer, notamment, les séquences qui racontaient les vies de Sempé et Goscinny et y ajouter un maximum d’éléments biographiques. En parallèle nous avons travaillé sur la direction artistique avec Fursy Teyssier et Juliette Laurent en faisant de nombreux allers-retours sur les personnages, les décors et les choix de couleurs.
 
Comment avez-vous organisé votre travail de mise en scène tous les deux ?
 
Benjamin Massoubre : Etant monteur de formation et scénariste, c’était plus simple que je m’occupe de l’écriture avec Anne Goscinny mais ensuite, Amandine et moi avons oeuvré en duo sur la mise en place de la direction artistique et des choix d’animation.
 
Amandine Fredon : Il faut savoir que dans l’animation, l’étape essentielle est le montage. Il est réalisé en amont pour éviter aux équipes d’animer des plans superflus. Le montage permet d’ailleurs souvent de résoudre des problèmes d’écriture car il révèle instantanément ce qui fonctionne ou pas.
 
Benjamin Massoubre : C’est pour cela que j’ai aussi beaucoup travaillé avec les storyboarders pour construire toute l’ossature du film et monter une animatique. L’idée était de dérouler tout le film en associant des story-boards assez bruts avec des voix, des sons et des maquettes de musiques pour connaître la durée précise de chaque plan avant de les fabriquer définitivement. 
 
Est-ce intimidant de s’attaquer à deux monuments comme Sempé et Goscinny ?
 
Benjamin Massoubre : Dans de nombreuses familles françaises, ce livre passe de générations en générations. Je le sais car chez moi, mon grand-père l’a lu à mon père puis mon père me l’a raconté et je le fais découvrir aujourd’hui à mes enfants. Donc lorsqu’on se lance dans un travail qui touche à une telle oeuvre, on peut craindre le procès d’intention mais le seul moyen de s’affranchir de cette pression était de faire un film qui transpire la sincérité et l’amour qu’on a pour Le Petit Nicolas. Il n’empêche, c’était quand même beaucoup de pression car nous avions à coeur de célébrer ces auteurs et devions être à la hauteur de l’élégance qu’il y a dans le trait de Sempé et l’esprit de Goscinny. Le but était de rester dans l’hommage et garder une distance respectueuse pour ne glisser ni dans la caricature, ni le calque, ni l’hagiographie. Pour cela, il fallait être au plus près de ce qu’ils étaient : pour les voix off, nous avons souvent repris leurs propres mots dans des interviews et pour les dessiner, nous avons observé leurs façons de se mouvoir sur les vidéos d’archives. 
Grâce à Anne Goscinny, on a aussi pu observer les tapuscrits et les dessins originaux du Petit Nicolas. Et avoir la possibilité, dans un monde très virtuel, d’avoir un rapport tactile avec les documents et les stylos de son père, ou de s’asseoir à son bureau, véhiculait une émotion supplémentaire qu’on a essayé de retranscrire dans le film. Ce rapport au toucher, au dessin à la plume, à l’écriture à la machine, au bruit des feuilles volantes… ce rapport tactile à la création devait faire partie intégrante du film. 
 
Pour des professionnels de l’animation, que représentent Sempé et Goscinny ? 
 
Amandine Fredon : Il n’y a qu’à voir les yeux brillants des dessinateurs et le plaisir et la motivation qu’ils avaient tous de travailler sur ce projet pour comprendre qu’en matière de dessin et de style, Sempé et Goscinny sont des références. Donc pour nous c’était d’autant plus encourageant.
Benjamin Massoubre : Effectivement, ce n’était pas difficile de motiver les équipes car beaucoup de dessinateurs sont fans des oeuvres de Sempé. Par ailleurs, l’impact du travail de Goscinny sur l’inconscient collectif et sur l’humour français est indéniable. Et c’était d’autant plus intéressant de pouvoir montrer, à travers la biographie de ce globe-trotteur qui a passé son enfance en Argentine et a vécu à New York d’où vient ce sens de l’humour. 
 
Leurs trajectoires personnelles ont finalement été peu racontées. Les connaissiez-vous ?
 
Benjamin Massoubre : Je pensais être incollable sur le sujet mais j’avoue qu’en travaillant sur le film, je me suis rendu compte que j’ignorais beaucoup de choses. On a découvert, par exemple, que Goscinny avait vécu tellement d’années loin de son pays que pour lui, Paris représentait une ville très exotique, un ailleurs totalement fantasmé. 
Le parcours de Sempé était tout aussi fascinant : miraculé d’un milieu extrêmement défavorisé, il a atteint les sommets de l’illustration mondiale grâce à ses parutions dans The New Yorker. C’est ce qui me touchait particulièrement dans son histoire.
Finalement, même si certaines choses sont romancées, c’est dans leurs destins personnels qu’on est allé puiser tout ce qui fait le film. Dans cette structure assez complexe mélangeant monde réel (celui des auteurs) et espace de la création (celui de Nicolas) nous avons construit une narration émotionnelle. Le coeur du film se situe dans le destin de ces deux hommes qui ont imaginé pour Le Petit Nicolas une enfance rêvée et développé un humour et un caractère solaire pour pallier à des drames vécus dans l’enfance : la Shoah pour Goscinny et la violence d’un beau-père pour Sempé. A travers ce film, on raconte une histoire de résilience et la naissance d’une amitié. C’est à partir de là qu’est d’ailleurs apparu le soustitre : « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » 
 
Amandine Fredon : Il faut savoir aussi que nous avons travaillé en pleine pandémie de Covid et que ce contexte a sûrement joué car nous avions à coeur de faire un feel good movie. Pour nous, c’était important de montrer qu’avant d’être mondialement connus, ces artistes avaient galéré pour vendre leurs dessins, se faire connaître et qu’ils ne se sont pas laissés abattre. Leur succès représente le travail de toute une vie. Ils ont fait le choix conscient de rester positif malgré les épreuves et de voir la vie du bon côté. Ce Petit Nicolas fantasmé et l’humour qu’ils ont développé sont une réaction positive à ces traumatismes. Le film véhicule ce message très positif. 
 
Le style visuel s’est-il naturellement imposé ou a-t-il été long à trouver ? 
 
Benjamin Massoubre : Il y a deux univers bien distincts dans le film : celui du monde des auteurs et celui du Petit Nicolas. Pour ce dernier, nous tenions à être au plus proche des illustrations du livre, que ce soit dans le trait ou dans la façon de ne pas dessiner entièrement les décors en laissant des surfaces blanches. Pour cela, il y a donc eu deux directions artistiques : une basée sur les illustrations du Petit Nicolas et une autre basée sur le travail illustratif de Sempé dans d’autres livres ou le New Yorker qui est plus colorisé et plus rempli. Mais il est presque impossible d’imiter son trait car il ne dessine jamais le même Petit Nicolas alors qu’en animation on a besoin de garder un personnage identique qu’on reconnaît immédiatement. Par ailleurs, ce qui fait toute la poésie de ses dessins, c’est leurs formats verticaux et un film oblige à un format horizontal. 
 
Amandine Fredon : Il était donc important pour nous de présenter à Jean-Jacques Sempé nos dessins pour qu’il puisse les valider. C’est aujourd’hui un homme âgé mais il a pu malgré tout participer aux premiers tests d’animation et pendant la réalisation du film, nous lui avons régulièrement soumis notre travail. Cela a donné lieu à des moments à la fois drôles et émouvants où il posait sa signature et ses appréciations sur nos propres reproductions de ses créations ou sur nos représentations de lui. Il se trouvait tantôt trop beau tantôt trop moche mais fier que toute une équipe adapte son travail sur grand écran.
 
Comment imposer sa patte d’animateur au milieu des dessins de Sempé ?
 
Benjamin Massoubre : Je crois qu’on peut l’imprimer partout. Tout en restant respectueux de l’oeuvre, il y a une grande marche de manoeuvre créative. On a fait le choix, par exemple, d’utiliser, comme Sempé, beaucoup de bulles pour mettre en scène les pensées de Nicolas. Ça permettait de donner du rythme et cela apportait une poésie aux fantasmes de Nicolas. Pour le monde des auteurs, on s’est beaucoup amusé à trouver des formes différentes, comme le flashback à Paris où Sempé passe, comme dans une comédie musicale, d’un décor à un autre. 
 
Amandine Fredon : Adapter une oeuvre implique de créer beaucoup de choses, de mettre en place des procédés propres à l’animation tout en respectant l’oeuvre initiale. Or ici, nous devions inventer les couleurs, donner des silhouettes aux auteurs, retracer les époques et les lieux dans lesquels ils ont vécu, de l’Argentine des années 20 au Paris occupé des années 40, car c’est aussi le récit de notre Histoire collective. Nous ne voulions pas nous cantonner au bureau de Goscinny et à l’atelier de Sempé car il fallait montrer qu’ils avaient puisé leur inspiration et leur créativité dans leurs voyages. Donc pour cela, il fallait travailler des atmosphères très différentes et permettre aux spectateurs de vivre des émotions variées. Les équipe d’animation, sous la direction de Juliette Laurent, ont réussi à trouver la justesse et la sensibilité parfaite qu’il fallait pour donner vie aux personnages.
 
Amandine Fredon : Adapter une oeuvre implique de créer beaucoup de choses, de mettre en place des procédés propres à l’animation tout en respectant l’oeuvre initiale. Or ici, nous devions inventer les couleurs, donner des silhouettes aux auteurs, retracer les époques et les lieux dans lesquels ils ont vécu, de l’Argentine des années 20 au Paris occupé des années 40, car c’est aussi le récit de notre Histoire collective. Nous ne voulions pas nous cantonner au bureau de Goscinny et à l’atelier de Sempé car il fallait montrer qu’ils avaient puisé leur inspiration et leur créativité dans leurs voyages. Donc pour cela, il fallait travailler des atmosphères très différentes et permettre aux spectateurs de vivre des émotions variées. Les équipe d’animation, sous la direction de Juliette Laurent, ont réussi à trouver la justesse et la sensibilité parfaite qu’il fallait pour donner vie aux personnages. 
 
Amandine Fredon : En discutant avec Anne, on a compris à quel point son père était novateur puisqu’il a fait la démarche d’aller travailler aux Etats-Unis avec des auteurs qui sont devenus mondialement connus, pile au moment de l’émergence du comics américains. Il a inventé le métier de scénariste qui n’existait pas à l’époque, (les dessinateurs écrivaient leurs propres histoires), il est devenu le directeur du magazine Pilote et il fut l’un des premiers à créer un studio d’animation en France – Idéfix – pour produire et adapter ces bandes dessinées en films d’animation. 
 
Était-ce important de se démarquer, visuellement et sur le ton, des adaptations qui ont été faites des albums au cinéma et à la télévision ?
 
Benjamin Massoubre : Toutes ces oeuvres n’ont, en effet, pas été des références pour nous. Nous voulions être au plus proche de l’univers graphique de Sempé, garder la forme de la nouvelle et le texte de Goscinny, c’est-à-dire ne surtout pas étirer les nouvelles pour créer une histoire d’1H30. Le respect de l’oeuvre originale et de ses auteurs était au centre de toutes nos réflexions. 
 
Vous avez ainsi fait le choix de « tourner » les images comme les pages d’un livre… 
 
Amandine Fredon : Pour nous il était important de donner l’impression au spectateur de basculer dans un livre pour redécouvrir le plaisir magique des nouvelles du Petit Nicolas. Mais les dessins originaux étant en noir et blanc, il a fallu quand même inventer une large palette de couleurs d’aquarelles tout en restant fidèles à l’auteur, mettre en valeur ce côté poétique et nostalgique très fort. Fursy Teyssier, directeur artistique, nous a proposé de très belles solutions pour garder cet effet papier, créer des apparitions très subtiles de zones de couleur, imaginer les personnages qui s’effacent au bord du cadre de façon très naturelle.
 
Benjamin Massoubre : En effet, au-delà des deux directions artistiques, nous voulions que deux grammaires distinguent les différents espaces du récit. Au final, la partie des auteurs correspond à un cinéma classique avec une image remplie, entièrement colorisée, des travelings, des gros plans, etc. alors que dans la partie Petit Nicolas, on s’est astreint à des plans très larges correspondants au livre, à des dessins à l’aquarelle « pas terminés » et à une texture papier qui vient rappeler le travail illustratif de Jean-Jacques sur ce livre. A travers cela on peut basculer de la réalité du film (la vie des auteurs) à l’imaginaire (qui serait la vie du Petit Nicolas). 
 
Amandine Fredon : Cela impliquait deux techniques très différentes et deux styles de mise en scène. On ne pouvait pas faire de gros plans sur le Petit Nicolas, par exemple : dans le livre, il est souvent petit, perdu au milieu d’un vaste décor et changer ce procédé lui aurait fait perdre toute sa poésie. S’il s’appelle Le PETIT Nicolas, ce n’est pas pour rien, c’est parce que c’est sa principale caractéristique. C’est aussi celle de ses copains : quand on les voit ensemble, ça grouille de petits bonshommes dans des grands espaces où le vide est aussi important que le plein. 
 
En quoi était-ce important de garder Le Petit Nicolas comme narrateur ? 
 
Benjamin Massoubre : Pour rester fidèles au texte des nouvelles et retracer cette histoire à travers les yeux d’un enfant mais surtout pour être au plus près de l’âme de René Goscinny. Car le liant entre les deux univers, ce sont ses mots. 
 
Amandine Fredon : Et si, dans certaines scènes, Le Petit Nicolas apparait comme une image mentale sur le bureau des auteurs pour les questionner ou discuter avec eux, c’est parce que nous tenions à ce qu’il ne soit jamais passif. C’était important qu’il évolue dans le film. 
 
Benjamin Massoubre : En relisant les nouvelles, on s’est rendu compte que Nicolas était très présent parce qu’il raconte l’histoire mais il est finalement plus souvent spectateur des actions qui s’y déroulent. Pour le rendre proactif, il fallait lui créer une personnalité et lui donner un supplément d’âme, celle d’un petit garçon joyeux et curieux.
 
Où avez-vous rencontré le plus de difficultés dans cette aventure ?
 
Benjamin Massoubre : Le principal enjeu était de trouver le bon rythme pour entrainer le spectateur dans l’histoire malgré l’absence de structure narrative classique. Ce film évolue par séquences et il est finalement construit un peu comme une comédie musicale avec des numéros de chant et de danse – l’une de nos références était d’ailleurs Un Américain à Paris. Il fallait donc lier les deux récits et rendre cohérentes les séquences entre elles pour pouvoir retomber sur une émotion. Et le second challenge, pour moi, était de mettre de la couleur dans le monde du Petit Nicolas au-delà de la touche de rouge que Sempé avait mise sur son pull. Nous étions partis sur des couleurs sépia, style années 50, mais qui n’apportaient pas la touche solaire recherchée puis nous sommes passés à des couleurs plus vives, plus enfantines… 
 
Amandine Fredon : Ce n’était pas simple en effet d’intercaler les séquences retraçant la vie des auteurs entre les huit nouvelles du Petit Nicolas tout en gardant une suite logique. Pour cela, il a fallu trouver de nombreuses astuces pour créer des transitions les plus fluides et logiques possible. 
Et pour moi, l’autre grande difficulté était de trouver, pour les personnages des auteurs, un style visuel qui soit le même que celui du trait de Sempé. Lorsqu’on voit ses dessins, on a l’impression que c’est très simple mais quand on tente de les imiter, on se rend compte de la difficulté de la tâche. Son trait est extrêmement pur, stylisé et il ne dessine que l’essentiel.
Pour arriver à ce résultat, il nous fallait parfois représenter l’intégralité du décor puis l’effacer. Donc il a fallu pas mal de temps pour trouver un juste équilibre entre les dessins de Sempé, notre interprétation et ceux que nous créions. 
 
Laurent Laffitte et Alain Chabat ont-ils facilement prêté leurs voix aux personnages ?
 
Benjamin Massoubre : Assez vite, Amandine et moi avons mis leurs noms sur la table car ce sont des artistes qu’on adore et nous avons eu la chance qu’ils acceptent. Alain avait déjà créé un lien avec Anne Goscinny puisqu’il avait réalisé Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en 2002, or on a découvert que c’était un vrai grand fan de Goscinny ! A l’image des fans de Star Wars, il est de ces gens qui collectionnent les figurines et est fasciné par tout ce qui touche à son univers. Comme acteur, Alain a cette grande qualité de transmettre une empathie pour tous ses personnages. Quelle que soit la qualité du film dans lequel il apparait, on a envie de le suivre car les personnages qu’il incarne sont sympathiques et on sent qu’on peut rester avec eux pendant 1H30. 
 
Amandine Fredon : Très naturellement, il véhicule des émotions de façon sincère. Et c’est un immense acteur qui parvient à rentrer instinctivement dans les scènes d’émotion sans en faire trop. Ici, il retranscrit très bien les traits d’humour et le côté pince-sans-rire de Goscinny. 
 
Benjamin Massoubre : Quant à Laurent, c’est un grand fan de Sempé qui était aussi ravi de jouer le flegme un peu bohème de Jean-Jacques.
En plus, ces deux acteurs n’avaient étonnamment jamais joué ensemble et l’idée de se retrouver, pendant trois jours, dans un studio de musique en Provence pour prendre les voix les réjouissait. C’est d’ailleurs quelque chose de rare de pouvoir enregistrer les voix ensemble dans de telles conditions. Ça ressemblait à un mini-tournage : on travaillait la journée et le soir, on se retrouvait tous pour diner à la bonne franquette. Or la complicité née là-bas se ressent à l’écran. 
 
Amandine Fredon : Mais il ne faut pas oublier de citer le jeune Simon Faliu qui, pour prêter sa voix au Petit Nicolas, a fait également un sacré travail. Il est stupéfiant car au-delà d’incarner un personnage et de transmettre des émotions, il a dû dire, dans une langue un peu désuète, des textes extrêmement longs en voix off. Nous avions insisté pour ne pas prendre la voix d’une femme (ce qui se fait souvent en animation) mais d’un vrai enfant et on ne regrette pas car ce timbre particulier, ce petit rire dans la voix et sa façon de chanter apportent beaucoup de poésie au film. 
 
La musique était très présente dans la vie de Sempé. Comment avez-vous décidé de l’intégrer à votre film ? 
 
Benjamin Massoubre : Cela s’est passé en plusieurs temps. Au montage, j’ai fait beaucoup de maquettes et très vite nous nous sommes dits qu’il fallait aller puiser dans les goûts de Jean-Jacques, notamment Michel Legrand, Paul Misraki (qui a écrit Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?), Duke Ellington ou Claude Debussy pour des ambiances plus larges. L’ambiance jazz correspondait tout à fait à l’histoire, comme ces mélodies populaires de l’époque, des thèmes forts qui rappellent le travail de Ray Ventura, Trenet, Montant ou d’autres. A ce moment-là, on s’est rendus compte aussi que beaucoup de musiques de Ludovic Bource comme celle qu’il avait composée pour The Artist fonctionnaient très bien sur le film et on a eu envie de travailler avec lui. Notre chance a été de pouvoir collaborer avec beaucoup de « numéro 1 » comme lui.  
 
Amandine Fredon : Sa musique permettait en effet de transmettre la nostalgie du Saint-Germain des années 50 et 60 et de plonger immédiatement dans une époque. Mais elle apportait aussi ce côté moderne et entraînant que nous cherchions à donner au film. Il fallait qu’il y ait de la joie, de l’énergie et c’était bien de pouvoir surfer entre ces deux ambiances. Benjamin et Ludovic ont passé beaucoup de temps à peaufiner la musique du film pour un résultat incroyable.
 
Que représente une sélection au Festival de Cannes pour un tel film ? 
 
Benjamin Massoubre : Alors que nous vivons l’âge d’or de l’animation française, ce cinéma n’est pas si représenté que ça au Festival de Cannes donc c’est une vraie chance pour nous de pouvoir y présenter le film. Au-delà du plaisir qu’on a d’aller à Cannes, ça vient valider de longues années de travail acharné par une note extrêmement positive et il n’y a pas plus belle rampe de lancement car notre idée a toujours été de faire un film populaire, à la fois intelligent et capable de toucher le plus grand nombre. 
 
Amandine Fredon : Et au-delà de nous faire plaisir, c’est gratifiant pour toutes nos équipes car la qualité de leur travail et toute la passion qu’ils y ont mis est récompensées. Et puis lorsqu’on réalise un film, c’est dans l’idée qu’il soit vu par le plus grand nombre. 
 
(Dossier de presse)