Note du réalisateur 

 

asbestas3Ce que je trouve intéressant dans la justice, c’est qu’elle n’est pas incontestable. Elle est relative. En fonction du point de vue qu’on adopte pour raconter une histoire, on peut avoir une certaine conception de ce qui est juste ou, à l’inverse, en avoir une vision radicalement différente.

Avec Isabel Peña, ma co-scénariste, on aime placer le spectateur (c’est-à-dire nous-mêmes) à la place de l’autre, dans la situation la plus inattendue. Quand nous créons des personnages, nous nous obligeons à les comprendre. 

Un village en déclin (comme il en existe tant en Espagne) où les habitants se méfient des étrangers. Deux frères en colère contre le monde. La réalité de leur combat comme celle des étrangers. La patrie comme territoire de conflit. L’affrontement né de l’affirmation « je suis ici chez moi, mais pas toi ». Une fois qu’on a identifié cette situation, il nous faut comprendre pourquoi Antoine et Olga risquent tout pour mettre en œuvre leur projet dans cette petite ville. 

Mais il ne fallait pas se contenter de comprendre ces deux personnages. Pendant l’écriture, nous étions fascinés par les antagonistes, les frères Anta, qui vivent depuis longtemps dans le village et qui y sont nés. Sans jamais justifier leur comportement, nous comprenions leur frustration, leur haine et, aussi, leur peur. Les premières images du film, montrant des « aloitadores » qui luttent, immobilisent le cheval et qui, avec docilité, coupent sa crinière, évoquent une chorégraphie, belle et violente à la fois, dans laquelle l’homme et l’animal s’affrontent inéluctablement jusqu’à ce que l’un des deux l’emporte. L’ordre naît du chaos, puis redevient chaos, avec un autre cheval. C’est une magnifique métaphore qui permet d’ouvrir le film. 

Rodrigo Sorogoyen 

 

(Dossier de presse)