Elle et Lui (Love Affair)

de Leo McCarey

Etats-Unis / 1939 / 1h28

avec Irene Dunne, Charles Boyer, Maria Ouspenskaya... 

 

 

Michel Marnet, un playboy français de la haute société et Terry Mckay une ex-chanteuse américaine de cabaret tombent follement amoureux à bord du paquebot qui les ramène à New York. Michel doit conclure un riche mariage avec Lois Clarke et Terry est la fiancée de Kenneth Bradley.Ils décident malgré tout de se retrouver six mois plus tard. Victime d'un accident le fameux jour du rendez-vous, Terry préfère s'effacer pour ne pas être un poids pour Michel. Mais le destin finira par les réunir ...

Il ne s’agit pas ici du célèbre film homonyme réalisé en 1957 avec Deborah Kerr et Cary Grant dans les rôles principaux, mais de sa première version (1939) tournée par le même réalisateur, Leo McCarey, et interprété par le célèbre Frenchie à Hollywood, Charles Boyer, et la « fiancée de l’Amérique » Irene Dunne. La comparaison est inévitable, d’autant que les deux films sont quasiment identiques, à quelques répliques près, certains plans les plus célèbres – comme celui de l’arrivée en bateau à New York – se révélant des copies plan par plan. Avouer une préférence revient presque alors à choisir entre le Technicolor et le noir et blanc, ou entre le potentiel de séduction de Charles Boyer et de son rival Cary Grant. Dilemme.

Elle et lui n’est pas une screwball comedy, comme pouvait l’être Cette sacrée vérité réalisé par Leo McCarey un an auparavant avec la même Irene Dunne (et Cary Grant cette fois). À l’instar plutôt de Place aux jeunes, il rappelle que McCarey était aussi un roi du «mélo qui finit bien», mêlant subtilement la comédie de mots, le rythme de la comédie de situation et le drame qui frappe sans prévenir. La grande réussite de McCarey est justement avec ce film de donner à la screwball comedy un ton plus adulte, plus « réaliste ». Le couple ne se jette pas dans l’amour tête baissée, mais lui laisse le temps de faire son chemin. Chacune de leurs rencontres est filmée avec pudeur, l’ironie de la situation venant du fait qu’ils sont incapables de contrôler le destin qui continue de les mettre sur le chemin l’un de l’autre, comme dans la célèbre scène du restaurant où leurs tables se trouvent malencontreusement accolées l’une à l’autre, ou à la descente du bateau, qui les obligent, pour passer, à briser leurs retrouvailles réciproques avec  leur fiancé(e). Chez McCarey, tout se mérite, même un baiser, joliment suggéré par des jambes qui s’éloignent, puis se rapprochent. Les choses ne sont jamais abordées frontalement: le héros cherche à obtenir des explications de l’héroïne sur son absence en haut de l’Empire State Building en lui faisant croire que lui-même n’est pas venu, puis obtient ces mêmes explications sans que la jeune femme ne lui révèle ce qu’elle veut taire depuis si longtemps.

La subtilité comme la douceur romantique d’Elle et lui expliquent sans aucun doute son succès hier comme aujourd’hui. Elles justifient au moins que Leo McCarey nous ait offert la possibilité de le voir deux fois, en noir et blanc puis en couleurs, montrant bien que le temps n’a pas de prise sur les couples légendaires.

 

Anecdotes 

A noter que le scénario est signé Delmer Daves le futur réalisateur de 3:10 pour Yuma et La flèche brisée. La photographie est signée Rudolph Maté, futur réalisateur du culte Mort à l'arrivée. Le montage est de Edward Dmytryk, futur réalidateur de Ouragan sur le Caine et Feux croisés
 
 

Filmographie : "L'Imprudente"; "Le Roi de l'arène"; "La Soupe au canard"; "Poker Party"; "Ce n'est pas un pêché"; "L'Extravagant Mr Ruggles"; "Soupe au lait"; "Place aux jeunes"; "Cette sacrée vérité"; "Lune de miel mouvementée"; "La Route semée d'étoiles"; "Les Cloches de Sainte-Marie"; "Ce bon vieux Sam"; "My Son John"; "Elle et lui"; "La Brune brulante"; "Une histoire de Chine"; "Charley Chase follies"...

 

 

 

LA PRESSE 

liberation

Le film vu par Louis Skorecki 

Le plus beau film de Leo McCarey, même si le second Elle et lui (1957), un remake ultra culte avec Cary Grant et Deborah Kerr, ne cesse de lui faire de l'ombre. On peut dire de ce mélo mythique en noir et blanc qu'il est presque trop américain. Ça veut dire quoi «trop américain», demande à voix basse la petite Marie Dupont, qui rêve tout haut, là-bas, au dernier étage du luxueux paquebot qui l'emmène vers le pays d'où je viens, le pays de l'amour.

«Trop américain», c'est Charles Boyer et Irene Dunne, fous d'amour l'un pour l'autre. Mais il est français, Charles Boyer, proteste à voix basse la petite Marie. Mais non, c'est un Frenchie, dit un bel homme à l'accent rauque et gouailleur. Il est comme Maurice Chevalier, petite cruche.

Qui est ce bel homme un peu hautain ? demande Marie au photographe de bord.

J'ai oublié qui c'est, répond-il. Charles Boyer ou Louis Skorecki, je ne sais plus. Marie devient toute rouge, d'un seul coup, mais sous le brouillard et la grisaille, on ne la voit pas s'empourprer. Attention, il vous regarde, dit l'homme à la caméra. C'est vrai que le gigolo noir et blanc ne cesse de dévisager la petite Marie. Vous êtes Skorecki, c'est ça ?, dit-elle en rougissant encore davantage. Tu sauras ça, ce soir au grand-bal, répond le gigolo. Vous m'invitez, c'est ça ? Oui, petite.

 

A DECOUVRIR 

Leo McCarey

Il fut l'inventeur du tandem Laurel et Hardy, le créateur de comédies irrésistibles (Cette sacrée vérité), l'auteur d'un des plus beaux et des plus admirés mélodrames du cinéma hollywoodien au point qu'il en tourna deux versions (Elle et lui)...