Déclarations des auteurs

Cyril Dion, co-auteur/réalisateur

 

animal7En 2014, lorsque j’ai tourné le film Demain avec Mélanie Laurent, nous avons eu la chance de rencontrer et d’interviewer Anthony Barnosky et Liz Hadly, deux scientifiques de l’université de Stanford, spécialistes de l’étude des espèces. En les écoutant, en effectuant des recherches, j’ai pris la mesure de ce que les scientifiques du monde entier appellent la sixième extinction de masse. La dernière fois qu’autant d’espèces ont disparu en si grand nombre et en si peu de temps c’était à l’époque des dinosaures. 

Non seulement cette situation met en péril notre propre existence, mais elle interroge notre place sur cette planète. Au regard de toutes les découvertes sur l’intelligence et la sensibilité des animaux, les êtres humains ont-ils le droit de coloniser tout l’espace et d’éradiquer volontairement ou involontairement toute autre forme de vie sur Terre ?

Avec ce film, nous avons souhaité, à l’instar de ce que j’ai pu faire dans Demain, comprendre comment nous en sommes arrivés à cette situation, mais surtout quelles solutions s’offrent à nous

À QUOI SERVONS-NOUS ?

Au-delà de montrer des solutions pour enrayer la disparition des espèces ce film doit, pour moi, répondre à une question fondamentale  : quelle place l’être humain peut / doit occuper sur cette planète  ? À quoi servons-nous  ? Dans la plupart des écosystèmes, les espèces se complètent, s’articulent, s’auto-régulent pour maintenir une forme d’équilibre. L’être humain est l’une des seules espèces capables de rompre cet équilibre à son profit, faisant disparaître au passage un nombre ahurissant d’espèces vivantes. J’avais du mal à croire que nous ne soyons qu’un parasite invasif et que nous ne pouvions avoir la moindre utilité pour les autres espèces. Et effectivement à travers nos rencontres, nos voyages et le parcours quasi initiatique de Bella et Vipulan, nous avons découvert que nous pouvions non seulement cohabiter avec le reste du monde vivant, mais le régénérer et l’orienter dans des directions qu’il n’aurait pas pris lui même. Ce qui ouvre des perspectives passionnantes.

POURQUOI AU CINÉMA ?

Animal est un film de cinéma, tant par sa recherche esthétique que par sa dimension narrative ou émotionnelle. Il ne s’agit pas simplement de rendre compte, d’informer les spectateurs, mais de les bouleverser, de les immerger dans une réalité sauvage, animale, différente de ce qu’ils connaissent confinés dans des environnements de plus en plus urbains.

Les images de paysages, d’animaux, d’écosystèmes ont été pensées pour le grand écran et pour délivrer une charge émotionnelle puissante. Le son nous plonge lui aussi dans la jungle, nous immerge dans la nuit, nous projette dans les champs... Nous avons avant tout voulu raconter une histoire : celle de deux adolescents, qui ont le sentiment que leur avenir est fichu mais qui mobilisent toutes leurs forces pour trouver comment s’en sortir.

Le film est l’histoire d’un voyage, à la fois géographique et intime, qui transforme Bella et Vipulan. Eux, les deux jeunes Vegans urbains plongent dans la complexité de situations qu’ils ne connaissent pas et sont bousculés dans certaines de leurs certitudes. De leur côté ils déstabilisent de nombreux adultes qui n’ont pas l’habitude d’être face à deux adolescents aussi mûres et incisifs. À la fin du film, ils ne regardent plus le monde de la même façon.

Grâce à ce dispositif, nous avons pu susciter des scènes très fortes et espérons permettre aux spectateurs de cheminer eux-aussi intellectuellement et émotionnellement face à l’un des enjeux cruciaux des années à venir

Avec ce film, nous voulons apporter tout ce que le cinéma peut fournir d’émotion dans notre relation aux animaux, toute la pédagogie qui permettra au spectateur de comprendre les enjeux, et tout l’élan qui leur donnera envie d’agir.

Parallèlement à ces considérations narratives, je suis profondément attaché au cinéma pour l’expérience collective qu’il permet. Voir un film seul derrière un petit écran n’a aucune commune mesure avec le voir sur un grand écran, plongé dans l’obscurité, enveloppé par le son, transporté par la musique, entouré de dizaines ou de centaines de personnes. C’est vrai pour tous les films, mais cela l’est encore davantage pour des films qui enjoignent à l’action. Lorsque nous avons sorti Demain l’une des surprises les plus grandes fut l’interaction que les spectateurs avaient après le film, les conversations sur le trottoir, les prolongements dans les bars et les milliers d’actions qui en ont résulté. C’est infiniment précieux. Là encore je souhaite permettre ce phénomène.

MUSIQUE

Comme dans Demain, la musique jouera un rôle central. Ma femme a coutume de dire que je fais des films pour mettre de la musique dedans et je pense que c’est vrai... La musique me permet de construire des séquences avec un point de vue plus sensible qu’intellectuel. C’est absolument fondamental pour aborder ces sujets et rendre le film plus ludique, plus rock, plus pop...

Pour Animal, j’ai souhaité avoir une musique très inspirée par les années 60-70. Nous l’avons souvent oublié mais lors du premier Jour de la Terre en 1970 vingt millions d’Américains étaient dans les rues. Le mouvement beat, puis le mouvement hippie ont puissamment remis en question la société de consommation et porté les questions écologiques. En 1961 Rachel Carson publiait un ouvrage majeur sur le vivant «Le Printemps silencieux».

En 1972 le couple Meadows publiait «Les limites de la croissance» avertissant d’un possible effondrement dans les années 2030 si nous poursuivions dans cette voie.

En 1974 René Dumont se présentait aux élections présidentielles en France. En mêlant l’univers musical de cette génération avec l’histoire de la relève des écologistes en 2020, j’ai voulu faire un pont temporel qui unifie ces deux mouvements et leur confère une direction commune.

Xavier Polycarpe (des groupes Gush et Macadam Crocodile) et Sébastien Hoog (longtemps compositeur et guitariste pour Izia) ont composé la bande originale.

 

(Dossier de presse)