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Tu mourras à 20 ans

You Will Die at 20

2019

Soudan / France / Egypte / Allemagne / Norvège / Qatar

1h45

de Amjad Abu Alala.

avec Islam Mubarak (Sakina), Mustafa Shehata (Muzamil), Moatasem Rashed (Muzamil jeune), Mahmoud Alsarraj (Sulaiman), Bonna Khalid (Naiema), Talal Afifi (Alnour)...

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Soudan, province d’Aljazira. Alors que Sakina et son mari Alnoor présentent leur fils Mozamil à une cérémonie de baptême soufiste, un derviche s'évanouit. La sentence est sans appel : l'enfant mourra quand il atteindra l'âge de vingt ans. Se sentant maudit, le père décide de s'exiler plutôt que de supporter le poids de cette prédiction. Sakina élève donc seule son fils : elle le couve et le protège de tout ce qui pourrait risquer sa vie avant l'heure choisie par le prophète, ainsi que des autres enfants qui le moquent et le harcèlent. Mozamil ne trouve du réconfort qu'à l'école coranique où il se passionne pour les écritures, et auprès de Naima, une voisine de son âge qui lui témoigne une tendresse sans faille. À dix-neuf ans, Mozamil reste un garçon réservé qui accepte son destin avec docilité. Sa rencontre avec Suleiman, esprit libre passionné de cinéma revenu vivre au village, va ébranler ses certitudes. Le temps passe pourtant inexorablement et la date fatidique approche...

Filmé avec une grande maîtrise avec de beaux plans simples mais très bien composés, Tu mourras à 20 ans esquisse quelques incursions oniriques qui font respirer un film dont il faut accepter le rythme assez lent allant de pair avec l’absence de rébellion du personnage principal face à la fatalité. Travaillant avec une rigueur remarquable sur l’intensité des visages et les couleurs des costumes, le prometteur Amjad Abu Alala (qui a écrit le scénario avec Yousef Ibrahim) délivre souterrainement un contenu politique sous une narration qui tient délicatement le fil du suspense, mêle le mythique au réalisme, et décortique en finesse les rapports filiaux. Autant de qualités qui font du cinéaste un réalisateur à suivre de très près.


La petite histoire

A l'origine du sujet de Tu mourras à 20 ans se trouve une nouvelle d'un écrivain et activiste soudanais très connu, Hammour Ziada, lequel vit en Egypte parce qu'il a été banni du Soudan. Amjad Abu Alala a lu son récit en 2016 et a tout de suite su qu'il serait la base de son premier film. Il se rappelle : "Cette histoire rimait de façon précise avec mon enfance. Je suis quelqu'un de plutôt joyeux : j'aime la vie, j'aime la fête, je bois, etc. Mais la mort est toujours présente quelque part dans mon esprit. Quand j'étais beaucoup plus jeune, au Soudan, j'ai perdu à trois mois d'intervalle mon meilleur ami et l'une de mes tantes. Ces deux décès m'ont dévasté. Je n'ai plus parlé pendant des mois. Quand j’ai commencé à étudier le théâtre à l'université, je me suis remis à beaucoup parler - et je n'ai plus arrêté depuis ! J'ai enrichi l'histoire d'Hammour Ziada de mes propres souvenirs."
"Muzamil a peur de nager dans le Nil ? Moi-même je ne nage jamais, ni au bord des plus belles plages, ni à la piscine. J'ai habillé Sakina, la mère de Muzamil, et la vieille dame du village comme ma mère et mes tantes s'habillaient pendant la période de deuil de deux ans : en noir pour l'une, en blanc pour l'autre. Quand Suleiman projette des extraits de films à Muzamil, c'est aussi le souvenir de mon oncle Rashed. Il travaillait en Arabie Saoudite avant de rentrer un jour avec un projecteur : il nous montrait des films sans jamais parvenir à faire marcher le son. Mais on adorait ça !"