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Le grain et l'ivraie

Viaje a los Pueblos Fumigados

2018

Argentine

1h37

de Fernando E. Solanas.


Le film s'ouvre sur une série d'images saisissantes : dans la province de Salta, dans le nord de l'Argentine, des forêts séculaires sont défrichées pour faire place à d'immenses plantations de soja. Les agriculteurs indigènes sont chassés de leurs villages. Des herbicides sont pulvérisés et les maladies se propagent. C'est le point de départ de cette investigation sur les crimes environnementaux commis par l'agriculture industrielle. Fernando Solanas voyage caméra aux poings à travers sept provinces argentines à la rencontre des populations locales, d’agriculteurs et de chercheurs qui nous racontent les conséquences sociales et environnementales du modèle agricole argentin : agriculture transgénique et utilisation intensive des agrotoxiques (glyphosate, épandages, fumigations) ont provoqué l’exode rural, la déforestation, la destruction des sols mais aussi la multiplication des cas de cancers et de malformations à la naissance… Le récit de Fernando Solanas évoque l'alternative d’une agriculture écologique et démontre qu’il est possible de produire de manière saine et rentable des aliments pour tous, sans pesticides, pour reconquérir et préserver nos milieux naturels. Qu’attendons-nous ?


La petite histoire

 Fernando Solanas et son équipe ont décidé de faire ce film il y a plusieurs années quand ils se sont aperçus de la désinformation et des conséquences dramatiques sur la santé de la population dues à l’épandage massif de glyphosate et des pesticides en général en Argentine. "Le sujet était grave mais nous n’avions pas réussi à trouver de financement ni en Argentine, ni en Europe : coproduire ce film n’intéressait personne. L’agro-industrie avait beaucoup investi en publicité pour faire la promotion de son modèle de production avec des semences transgéniques et empoisonnées. C’est une des raisons pour lesquelles on ignore tout des dégâts causés sur la santé, sur les sols et la nature en général. Depuis 2013, je préside la commission du développement durable au Sénat argentin, où arrivent de très nombreuses plaintes à ce sujet. Et depuis, nous avons voyagé dans toutes les régions affectées par ce problème pour mieux connaître et évaluer la situation."

Les hommes politiques et les multinationales sont les grands absents du film. La proposition de ce dernier était de donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas dans les médias. "Notre cinéma ne consiste pas à démontrer ce qui est “objectif”, mais à donner de l’espace et de la visibilité aux victimes comme à leurs assassins. Depuis mon premier film L’Heure des brasiers, nous avons pris le parti de défendre les marginaux, ceux qui se font exploiter, ceux qui ont été agressés, ceux que l’on entend jamais. La voix de ceux qui ont le pouvoir, de ceux qui jouent avec la santé de la population, nous l’entendons tous les jours à la télévision ou dans les journaux. Mes films documentaires ne sont pas vus à la télévision en Argentine, ni dans les multiplexes commerciaux de mon pays, et sortent uniquement dans les salles indépendantes de l’Institut du Cinéma (INCAA). La majeure partie de leur diffusion a lieu dans des circuits culturels ou institutionnels : ils sont montrés dans les écoles, les universités, les syndicats et les ONG", dénonce Fernando Solanas.