Girl

2018

Belgique

1h45

de Lukas Dhont.

avec Victor Polster (Lara), Arieh Worthalter (Mathias), Oliver Bodart (Milo), Tijmen Govaerts (Lewis), Katelijne Damen (Dr. Naert; le médecin), Valentijn Dhaenens (Dr. Pascal, le psychiatre), Magali Elali (Christine), Alice de Broqueville (Lois), Alain Honorez (Alain), Chris Thys (Hannah)...

Caméra d'Or, Festival de Cannes 2018


C'est un visage qui fascine et qui reste en mémoire. Celui de Lara, jeune danseuse de 15 ans née garçon et prête à tout pour devenir fille et ballerine professionnelle. Lara est belle comme le jour, chevelure d’ondine, yeux bleu azur, lèvres ourlées, son visage d’ange dissimule un courage et une détermination sans bornes. Elle a déménagé en terres flamandes avec son père et son petit frère de 6 ans. C’est là qu’elle espère être opérée, vivre une puberté féminine et devenir étoile. Alors elle plie son corps, cache son pénis à grand renfort de scotch, travaille ses pointes (apanage des danseuses filles qui débutent l’exercice bien plus jeunes), tourne, tourne et tourne encore sous le regard d’une professeure intransigeante. Le jeune réalisateur belge Lukas Dhont, filme Lara avec une rigueur documentaire et un sens esthétique remarquable. Ses images claires, lumineuses, stimulent le regard du spectateur, sa ligne narrative est tendue comme un fil, ses dialogues sonnent juste (beaucoup sont improvisés), et les personnages sont tous dessinés avec précision (le père, compréhensif et investi, que joue Arieh Worthalter, est formidable). La révélation, sidérante, du film se nomme Victor Polster. Girl est son premier rôle pour le cinéma. Danseur professionnel, ce qu’il fait dans Girl suscite l’admiration. D’un naturel confondant, à la fois sobre et en relief, il épouse les contours de Lara et lui offre une grâce qui irradie à l’image et au son. Tout fascine chez lui : sa beauté androgyne, sa voix entre deux âges, entre deux sexes, sa force de caractère et le mystère qui l’entoure – comment cette âme féminine a-t-elle pu se retrouver dans ce corps-là ? Un premier film extraordinaire, stimulant et exceptionnel de Lukas Dhont.


La petite histoire

 Avec Girl, Lukas Dhont souhaitait aborder notre perception du genre, une question à laquelle il a été confronté dès l'enfance : "Quand j’étais petit mon père voulait que je sois boy-scout. Il nous emmenait, mon frère et moi, tous les 15 jours jouer avec d’autres enfants dans la boue ou faire du camping. Tous les deux on détestait ça. On préférait de loin le théâtre, la danse et le chant, où nous pouvions nous exprimer. Vous pouvez imaginer la confusion quand on a appris que c’était vu comme des activités, « pour les filles ». J’étais un garçon, comment pouvais-je aimer ça ? J’ai donc fini par arrêter tout ça parce que je ne voulais pas qu’on se moque de moi"
Il cherchait également à peindre "la lutte intérieure d’une jeune héroïne, capable de mettre son corps en danger pour pouvoir devenir la personne qu’elle veut être. Une fille qui doit faire le choix d’être elle-même à seulement 15 ans, quand pour certains ça prend toute la vie".