Fortuna

2018

Suisse / Belge

1h46

de Germinal Roaux.

avec Kidist Siyum Beza (Fortuna), Bruno Ganz (Frère jean), Patrick d'Assumçao (Mr. Blanchet), Yoann Blanc (Frère Luc), Stéphane Bissot (Barbara)... 


Fortuna est une jeune éthiopienne de 13 ans. Elle a traversé la Méditerranée et est accueillie en Suisse avec d’autres migrants au Monastère du Simplon pour passer l’hiver. Elle y rencontre Kabir, 28 ans, dont elle tombe rapidement amoureuse. Découvrant que Fortuna est enceinte, Kabir s’enfuit et la laisse seule porter ce lourd secret. Au Monastère, les Frères de la communauté et Mr Blanchet vont tenter de guider Fortuna dans les choix difficiles qui se posent à elle. Avec un Bruno Ganz très impliqué et rayonnant de force intérieure dans le rôle d’un frère, et la (magnifique) jeune comédienne, éthiopienne Kidist Siyum Beza, ce très beau film a double valeur de poème cinématographique épuré, et de tranche de vie bouleversante sur fond de tragédie humanitaire. Réalisateur et photographe épris de noir et blanc et sensible à la cause des laissés-pour-compte, le Lausannois Germinal Roaux décrit la condition des réfugiés et la question de l’accueil avec réalisme et poésie. Il se place au plus proche de ses personnages, dont il rend toute la dignité. Alliant beauté de l’image et interrogations spirituelles, il nous livre un film splendide et bouleversant.


La petite histoire

 Les projets de cinéma de Germinal Roaux démarrent toujours avec une rencontre dans la vraie vie. Pour Left Foot Right Foot, son précédent film, il s'agissait de la découverte de ces jeunes filles qui se prostituent occasionnellement pour s’acheter des fringues de luxe. Pour Fortuna, les choses ont commencé avec la compagne comédienne du metteur en scène, Claudia Gallo, qui a été engagée à Lausanne par le CREAL (Centre de ressources pour élèves allophones) afin d’encadrer des enfants roms qui traînent dans la rue. Il se rappelle : 
"De fil en aiguille, on lui a demandé de s’occuper de mineurs non accompagnés, que j’ai rencontrés à mon tour et dont les histoires m’ont bouleversé, notamment le récit d’une jeune adolescente tombée enceinte pendant son exil, qui préfigure celui de Fortuna. La situation de ces jeunes exilés était si déchirante, leurs récits si forts et courageux qu’il me fallait parler d’eux, faire quelque chose. Nous sommes tous désarmés devant ce qui se passe en Europe, en Méditerranée avec les traversées cauchemardesques auxquelles on assiste sur nos écrans et par nos radios, sans pouvoir aider. C’est terrible de se sentir impuissant devant tant de souffrance. Toutes ces réflexions nées de mes rencontres avec ces jeunes m’ont appelé à écrire l’histoire de Fortuna. Durant les premiers mois d’écriture, j’ai fait des recherches sur l’accueil des réfugiés en Suisse et c’est là que j’ai découvert que, pour pallier le manque de place dans les centres de requérants, des frères du monastère d’Einsiedeln en avaient accueilli chez eux. Du coup, cela a résonné en moi et m’a donné envie de situer le film à l’hospice du Simplon, j’aimais ce lieu que je connaissais pour y avoir déjà fait des photos. Ma rencontre avec les chanoines du Simplon a été déterminante dans l’écriture du projet Fortuna. Mois après mois mes carnets de notes se sont remplis comme un herbier, une collection d’idées et de mise en relation qui ont fini par aboutir à un projet de long métrage."