Les frères Sisters

The Sisters Brothers

2018

France

1h57

de Jacques Audiard.

avec Joaquin Phoenix (Charlie Sisters), John C. Reilly (Eli Sisters), Jake Gyllenhaal (John Morris), Riz Ahmed (Hermann Kermit Warm), Rebecca Root (Mayfield), Allison Tolman (Girl Mayfield Saloon), Rutger Hauer (The Commodore), Carol Kane (Mrs. Sisters), Patrice Cossoneau (Blount), Zac Abbott (Blount Guy Dying)...


Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ? En adaptant le roman éponyme de Patrick deWitt, Jacques Audiard s'approprie, avec une maîtrise impressionnante, l'univers et les codes du western pour nous offrir un film passionnant. Scénario au cordeau, mise en scène aussi ample que les paysages qu'elle embrasse, personnages interprétés par des acteurs exceptionnels qui vous captivent dès les premières minutes. Audiard apporte cette tonalité particulière qui va donner au film sa couleur, en glissant au milieu de la violence inhérente au genre, tendresse, humour et mélancolie quasi-romantique. Tout est réuni, tout fonctionne, on marche à fond ! Et le Festival du Cinéma Américain de Deauville aussi puisqu’il a tenu à créer spécialement un prix pour « célébrer une œuvre qui porte l’espoir d’un monde meilleur, d’une résipiscence possible ». Epopée fraternelle avec des bons, des brutes, des truands et des idéalistes, le film parvient à dépasser l'exercice de style pour atteindre l'excellence.


La petite histoire

 Les Frères Sisters est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reillyet Alison Dickey (l'épouse productrice du comédien) qui ont demandé au réalisateur, lors du festival de Toronto où était projeté De rouille et d’os en 2012, de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits. Audiard se rappelle : "Je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment mais c’était la première fois que l’on me proposait un sujet qui me plaisait. Jusque-là, j’étais toujours parti sur une idée que j’avais, un roman que j’avais lu… bref, l’initiative venait toujours de moi. Pas là. J’ajouterai que si j’étais tombé par hasard sur le roman de Dewitt, s’il ne m’avait pas été proposé, jamais je ne serais parti de mon propre chef sur un western. Entre-temps, comme le scénario était déjà en route, j’ai fait Dheepan. A l’arrivée, tout cela est effectivement assez dépaysant."

Jacques Audiard avoue ne pas avoir un rapport érudit avec ce genre on ne peut plus cinématographique qu'est le western. Ce sont d'ailleurs les westerns les moins post-modernes qui ont le plus intéressé le réalisateur, comme les films d’Arthur Penn, aussi bien Little Big Man que Missouri Breaks. Il précise : "Parmi les plus classiques, même chose, je suis plutôt attiré par les oeuvres du crépuscule, qui contiennent la critique de quelque chose – du genre lui-même peut être : Rio Bravo, Liberty Valance, les Cheyennes. Dramatiquement, le western est très linéaire, sans suspense, épique. Dans mon travail, je pense avoir été attiré jusqu’à maintenant par des histoires plus tendues, des scénarios plus « efficaces »."