Le temps des forêts

2018

France

1h43

de François-Xavier Drouet.

 


« Je suis arrivé il y a dix ans sur le plateau de Millevaches en Limousin, une zone boisée à 70%. Je ne connaissais alors rien aux forêts. Ces grands massifs de résineux m’évoquaient le Canada et me semblaient tout ce qu’il y a de plus naturel. J’ai vite compris que ces monocultures n’avaient rien de spontané et que la biodiversité sous ces conifères était très pauvre. J’ai découvert des dizaines d’hectares coupés à blanc, des paysages saccagés, des sols et des rivières dévastés par les machines... Quelques semaines après, on replantait sur ces champs de ruines des petits sapins gavés d’engrais et de pesticides. J’ai voulu comprendre ce système que personne ne semblait questionner, comme s’il était le seul modèle possible pour produire du bois. Comme le dit un intervenant dans le film, on a tendance à penser la menace qui pèse sur la forêt en termes de déforestation. Le problème qui se pose en France est plutôt celle de la "mal-forestation". Quelle forêt voulons-nous pour demain ? Un champ d’arbres artificiel ou un espace naturel vivant ? C’est la question que pose Le temps des forêts. » François-Xavier Drouet

Pour beaucoup, la forêt est synonyme d'une nature authentique et luxuriante dans laquelle les arbres évoluent paisiblement et, pour celles et ceux qui ont vu le documentaire L'intelligence des arbres, interagissent. C'est une autre réalité que nous dévoile François-Xavier Drouet : celle d'une gestion  forestière chimique et mécanisée, mise en place sur le modèle de l'agriculture intensive et qui se développe à un rythme infernal. Du Limousin aux Landes, du Morvan aux Vosges, Le temps des forêts propose un voyage au cœur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives : forêt vivante ou désert boisé, les choix d'aujourd'hui dessineront le paysage de demain.


La petite histoire

 La filière bois est très soucieuse de son image et n’aime pas que l’on s’intéresse à elle. Personne n’a accepté que François-Xavier Drouet filme un épandage de pesticides en forêt par exemple. Il explique : "Il faut un peu forcer les portes pour accéder à certains chantiers, rentrer dans des usines, obtenir des entretiens… L’industrie investit énormément en communication pour verdir son image, en mettant en avant la replantation. Dans l’imaginaire urbain, planter un arbre, c’est un acte positif. Mais planter une monoculture à la place d’une forêt vivante et naturelle qu’on a rasée au bulldozer, c’est tout autre chose."

Le Temps des forêts est un film de paroles, où les mots interagissent avec le paysage. François-Xavier Drouet a voulu s’éloigner de l’esthétique traditionnelle des documentaires naturalistes qui montrent souvent une forêt mythifiée, sublimée, un peu carte postale, qui n’est pas vraiment celle que l’on rencontre au quotidien. "Le cœur du film n’est pas la forêt, mais ceux qui la travaillent et le rapport qu’ils entretiennent avec le vivant : la collaboration pour certains, l’opposition pour d’autres. J’ai filmé à hauteur d’homme, en tâchant d’inscrire les personnages dans leur milieu, de montrer les logiques de chacun, sans juger. J’espère qu’au terme de ce film, le spectateur ne regardera plus la forêt de la même manière et qu’il saura lire les contradictions qui la traversent", précise-t-il.