Entretien avec Alain Goldman, producteur

jaccuseaffichebandeannonce2Roman Polanski portait ce film depuis plus de 7 ans. Pourquoi il fut si difficile à monter ?

Quand j’ai rencontré Roman au début de l’année 2018, nous avons évoqué son projet de longue date sur l’affaire Dreyfus. Je lui ai demandé si je pouvais lire le scénario. La véritable fulgurance du projet était d’aborder cette affaire sous un angle inédit: celui d’un héros français oublié de notre histoire, le Colonel Picquart. Cet officier va aller jusqu’à tout perdre, pour que la justice et la vérité l’emportent, pour l’honneur de son pays et de son armée. Sans lui, le Capitaine Dreyfus n’aurait jamais été innocenté.

Comment la situation s’est-elle débloquée ? 

À l’origine, le projet était conçu comme un film en langue anglaise avec des comédiens anglosaxons. L’affaire Dreyfus étant une histoire tellement française, je lui ai suggéré de tourner en français, ce qui pouvait être un avantage pour le public international, en renforçant une forme de sincérité et d’authenticité de l’histoire que le film raconte. Le nom de Jean Dujardin s’est tout de suite imposé comme une évidence pour interpréter le rôle de Picquart. Après cela, tout a été très vite. Le film a été tourné entièrement en décors naturels, plutôt qu’en studio. Au-delà de la dimension financière, il s’agissait làencore d’un parti pri artistique. De la même manière qu’il fallait être au plus près de la langue française, il fallait aussi être le plus proche de Paris et des lieux emblématiques de l’affaire Dreyfus, qui pour la plupart existent toujours. Nous avons tourné à l’École militaire, dans des tribunaux, notamment le Palais de Justice à Paris sur l’Île Saint-Louis, des ambassades, des hôtels particuliers d’époque, etc…

Roman s’est entouré d’une équipe extraordinaire, tant au niveau artistique que technique. D’ailleurs il ne fait pas de différence entre l’artistique et la technique, son exigence reste la même dans tous les domaines! Que ce soit les décors, les costumes, le son, l’image, les accessoires, les acteurs, les figurants… Tout le monde sur le plateau était à un niveau de compétence exceptionnelle.

Selon vous, pourquoi Roman Polanski tenait tant à revenir sur l’affaire Dreyfus ?

Il ne m’en a pas parlé, c’est un homme pudique. Je pense qu’il est autant fasciné par le combat de Picquart pour la vérité que par l’acharnement de l’État-major à condamner Dreyfus, pour ensuite s’enfoncer dans le déni de justice. Ce parallèle entre ces deux forces contraires a suscité une interrogation profonde chez Roman. 

Quelle fut votre réaction quand vous avez vu le film terminé ? 

J’ai été bouleversé par la puissance et la richesse du récit. Roman est un réalisateur nourri de multiples influences qui se mélangent et s’entrecroisent, de par sa culture anglo-saxonne, française et polonaise. Dans J’ACCUSE, on retrouve toutes ces influences. Le ballet de sa caméra, ses angles, ses distances…ces plans n’appartiennent qu’à « Polanski » !

(Dossier de presse)