Amin

2018

France

1h31

de Philippe Faucon.

avec Moustapha Mbengue (Amin), Emmanuelle Devos (Gabrielle), Marème N'Diaye (Aïcha), Nourredine Benallouche (Abdelaziz), Fantine Harduin (Célia), Loubna Abidar (La serveuse), Moustapha Naham (Ousmane), Jala Quarriwa (Sabri)...


Amin (impressionnant Moustapha Mbengue) est un travailleur immigré d'origine sénégalaise qui vit seul à Paris, sa femme et ses enfants étant restés au pays et se languissant de lui. Il fait partie d'une équipe chargée de la réfection d'un pavillon dont la propriétaire est une infirmière divorcée (Emmanuelle Devos, étonnante). Ces deux solitudes vont finir par fusionner malgré leurs différences ethniques, culturelles, sociales. De Samia à Fatima, ou La Désintégration, Philippe Faucon questionne depuis longtemps, en profondeur, sur le ton du drame ou de la chronique tendre, les différents aspects de l’immigration. Avec Amin il signe une chronique tout en finesse d’une existence morcelée. Faucon détient l'art de regarder ses personnages sans jugement, positif ou négatif, privilégiant l'observation comportementaliste au psychologisme. L'érotisme, prend ici une part plus importante que dans ses autres films : femmes sous la douche, étreintes, peaux noire et blanche entrelacées, autant d'images qui témoignent d'un sensualisme simple, direct, jamais voyeuriste. Amin parle d'amour, de désir, de condition ethnico-sociale, de la solitude des quadras, séparés de leur famille soit en raison des lois de l'économie mondialisée et des inégalités Nord-Sud, soit à cause du mode de vie stressant de la moyenne bourgeoisie urbaine occidentale. Une fois encore, par petites touches épurées, précises, Faucon déploie une vision complexe qui atteint des sommets émotionnels sans avoir jamais recours à de grossiers procédés tire-larmes. Chapeau.


La petite histoire

 Avec Amin, Philippe Faucon évoque pour la première fois le déracinement de l’immigration en articulant son récit sur deux géographies distinctes : le pays d’origine et le pays d’accueil. Le metteur en scène justifie ce choix : "Il m’a semblé qu’il n’avait pas été traité de cette façon (ou très peu, très succinctement), alors que précisément ces deux géographies fondent un parcours d’exil ou de migration. Le cinéma a cette capacité de mise en parallèle très forte entre les deux mondes. On passe directement d’une séquence dans le pays d’origine à une séquence dans le pays d’accueil, avec un effet de « cut », de confrontation immédiate de tout ce que contiennent les images : les conditions de vie, les préoccupations des personnages, les enjeux sociaux ou familiaux. Ça ne procéderait pas aussi immédiatement par l’écrit, qui a d’autres moyens d’évocation, mais qui demandent le temps de développement des phrases."

Même si Amin est le rôle-titre, le scénario du film est choral. Cela a permis à Philippe Faucon de mettre un pluriel au mot générique d’immigré et de montrer la multiplicité des destins d’hommes et de femmes concernés par cette problématique. Le réalisateur explique à ce sujet : "Il y a plusieurs situations d’hommes seuls, qui déclinent des vécus différents : Amin a laissé au pays sa femme et ses enfants, qu’il ne revoit qu’après de longues périodes d’absence. Abdelaziz est plus âgé, il a recommencé une vie en France et les enfants qu’il a eus d’une première union au Maroc lui renvoient qu’il n’a qu’à « rester en France avec ses enfants français ». Il y a aussi la frustration et la misère sexuelle de ce jeune homme dont la vie est quasi réduite à sa force de travail. Il y a les femmes et les enfants restés au pays d’origine, les femmes rencontrées en France et les enfants qui y sont nés, comme les deux filles d’Abdelaziz."