Guy

2018

France

1h41

de Alex Lutz.

avec Alex Lutz (Guy Jamet), Tom Dingler (Gauthier), Pascale Arbillot (Sophie Ravel), Nicole Calfan (Stéphane Madhani, l'attachée de presse), Dani (Anne-Marie), Élodie Bouchez (Anne-Marie jeune), Marina Hands (Kris-Eva), Julie Arnold (Nathalie), Patrick de Valette (Grand-Duc), Bruno Sanches (Frédéric, le fils de Guy)...


Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire. 

Guy est une absolue réussite. Le choix de proposer un document filmé assez maladroitement, au montage faussement bancal accroît le réalisme de l’interprétation de Lutz. Celui-ci évoque dans la vie de tous les jours un Jean-Paul Belmondo vieillissant. Il prend aussi parfois des allures de dandy façon André Dussollier et, sur scène Guy Jamet devient un mix de Claude François et de Michel Sardou. La grande finesse de Guy se cache dans la tendresse que Lutz accorde à son personnage, empêtré dans le souvenir d’une grandeur disparue, et qu’il partage avec les spectateurs. Il nous fait même aimer l’une ou l’autre de ses chansons pour midinettes. Et ça aussi, c’est vraiment un exploit !


La petite histoire

L'idée de départ de Guy est venue des réflexions sur le temps, sur la filiation, et des propres mises en abyme d'Alex Lutz: ses créations de personnages. "J’avais envie de revenir à quelque chose de plus essentiel dans ma création artistique : l’art du portrait, que, sur scène, les spectateurs semblent également apprécier. Est née peu à peu l’envie de ce faux documentaire sur un chanteur que les medias ont peut-être oublié, mais qui continue de travailler, d’avoir une relation privilégiée avec le public… Moi aussi, comme Guy, je suis tout le temps sur scène, dans toute la France. J’en blaguais avec Thibault Segouin, l’un des co-scénaristes du film : qu’est-ce que ça sera de rejouer le même sketch, dans quinze ans, dans une ville où j’aurai déjà joué cent fois ? Donc, ça vient aussi pas mal de moi. De mon envie d’apprivoiser mes cauchemars, de mes interrogations sur le temps : c’est étrange, la phrase que je viens de dire est partie aussitôt que je l’ai dite, ou aussitôt que vous en avez lu la transcription. Disparue… Ça me touche, le drôle de bail qu’on a tous avec la vie : on naît avec un bail dont on ignore la date de fin, et il faut se débrouiller avec ça. Guy vient aussi de là."

Alex Lutz a imaginé Guy comme une personne existant par elle-même. S’il est référencé, c’est plutôt par son époque : "Il doit y avoir une photo de lui faite par Jean-Marie Périer pour Salut les Copains. Beaucoup d’artistes de cette génération ont traversé les époques et leurs modes musicales : ils ont eu leur période engagée, leur période « funk exotique », leur « look » années 80, etc. Et ceux qu’on a vu s’éloigner de l’oeilleton médiatique, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas continué à tourner à travers la France. Bien sûr, il est évocateur de grands artistes populaires : il y a chez lui du Herbert Léonard, du Guy Marchand, du Michel Delpech, du Julien Clerc pour certains côtés, et même du Franck Michael, qui a toujours son cortège de fans et « blinde » des salles. Je crois que chaque spectateur fera sa cuisine là-dedans, y retrouvera quelque chose d’un ou des chanteurs qu’il aime, avec le coeur qui bat, qui pour un slow, qui pour l’artiste favori de sa mère… J’ai toujours été touché par ce que Sylvie Joly appelle les « petits choses dérisoires ». Comme ces refrains qu’on entonnera peut-être lors d’un mariage. Derrière ce refrain, il y a une vie, un homme, un compositeur, une équipe, un arrangeur, un pianiste, et aussi un divorce, un cancer, etc.", analyse le réalisateur.