Human Flow

2017

Allemagne

2h20

de Ai Weiwei.


Tourné sur une année dans vingt-trois pays, le documentaire s’attache à plusieurs trajectoires d’hommes et de femmes en souffrance partout dans le monde – de l’Afghanistan au Bangladesh, de la France à la Grèce, de l’Allemagne à l’Irak, d’Israël à l’Italie, du Kenya au Mexique en passant par la Turquie. Human Flow recueille les témoignages de ces migrants qui racontent leur quête désespérée de justice et de sécurité. Une nouvelle forme d’humanité que le film a le mérite de rendre ultrasensible. Une humanité déplacée, précaire, privée d’intimité, sevrée d’espérance, humiliée, vivant aux portes des démocraties, dans des camps de fortune. La recrudescence des guerres, l’expansion des iniquités sociales, l’accélération des mutations climatiques ne permettront plus, demain, que ce flux soit endigué. À ce titre, Human Flow tire une sonnette d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer. Le plasticien Ai Weiwei signe une oeuvre colossale sur l’ampleur des migrations contemporaines et la tragédie que vivent chaque jour les personnes déplacées. Il saisit l’essence d’un phénomène global, profondément humain, qui ne peut laisser indifférent.


La petite histoire

 Ai Weiwei a voulu parler du Human Flow sous différents angles. Le metteur en scène a tout d'abord cherché à évoquer son parcours personnel puisque peu de temps après sa naissance, son père a été condamné à l’exil pour anticommunisme. Il confie : "Du coup, ma famille a été envoyée dans une région très reculée. On a dû tout abandonner et, bien entendu, mon père a été violenté parce qu’il était considéré comme ennemi de l’État. Pendant toute ma jeunesse, j’ai été témoin des pires traitements, des pires discriminations et des pires exactions infligées à un être humain."
Ensuite, lorsque Ai Weiwei est venu vivre en Europe, il a eu envie de connaître la situation des réfugiés dans toute sa réalité et s'est ainsi rendu à Lesbos pour découvrir l’île où les migrants arrivent. "C’était une expérience très intime que de voir débarquer des bateaux enfants, femmes et personnes âgées. Je voyais dans leur regard un vrai désarroi. Ils étaient terrorisés et ne savaient pas du tout à quoi s’attendre dans ce pays. C’est ce qui, plus encore, m’a poussé à en savoir davantage sur qui sont ces gens et pourquoi ils risquent leur vie en venant dans un pays dont ils ne connaissent pas les codes et où personne ne les comprend. J’avais énormément d’interrogations. C’est cette curiosité qui m’a incité à mettre en place une importante équipe de chercheurs pour étudier l’histoire des réfugiés et leur situation actuelle. En dehors de la guerre en Syrie, l’existence des migrants est née des guerres en Irak et en Afghanistan, du conflit israélo-palestinien, des différents conflits africains, de la persécution des groupes minoritaires au Myanmar et de la violence en Amérique centrale."
Le réalisateur a cherché à se rendre sur tous les lieux dans le monde où arrivent des réfugiés, d’abord pour sa propre compréhension du phénomène, mais aussi pour enregistrer ses découvertes dans le film.