Le vénérable W.

Le vénérable W.

2017

France / Suisse

1h40

de Barbet Schroeder.

Interdit aux moins de 12 ans

Séance Spéciale au Festival de Cannes 2017

 


En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l'islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent. Les ethnies musulmanes de Birmanie sont depuis longtemps victimes de violences. Des moines bouddhistes extrémistes, dont le célèbre Wirathu, par leur discours attisent la haine vis-à-vis de cette communauté. Barbet Schroeder a décidé de s'entretenir avc le personnage pour mieux décortiquer son discours xénophobe et haineux...


La petite histoire

 Barbet Schroeder a toujours été fasciné par le bouddhisme, qui est une religion athée, sans dieux, et qui permet le pessimisme. En 1961, à l'âge de 20 ans, le cinéaste a entrepris un long voyage sur les lieux historiques du Bouddha jusqu’au Sri Lanka. Il se rappelle :
"L’idée de ce film a émergé après la relecture, il y a près de deux ans, de l’extraordinaire et incontournable Bouddha historique, de Hans Wolfgang Schumann, suivi par hasard du Rapport de la Faculté de Droit de l’Université de Yale, qui suppliait très officiellement les Nations Unies d’intervenir en Birmanie. Le texte énumérait tous les signes d’un début de génocide à l’encontre de la minorité musulmane des Rohingyas et incriminait plus précisément un mouvement de moines extrémistes. J’ai voulu en savoir plus. Je suis donc parti sur place, dans la ville la plus bouddhiste du monde, Mandalay, qui compte plus de 300 000 moines pour 1 million d’habitants." 

Le Vénérable W. est le dernier volet d’une "Trilogie du mal", commencée avec Général Idi Amin Dada : autoportrait sur le dictateur ougandais (1974), puis L'Avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Le même point de départ est à l’origine de ces trois projets : dialoguer avec des gens au travers desquels le mal peut s’incarner sous différents visages et laisser l’horreur ou la vérité s’installer d’elles-mêmes petit à petit, au gré des rencontres.

Barbet Schroeder a passé six mois à faire des recherches approfondies sur le sujet du film, dans le secret le plus absolu. Lorsqu'il s'est rendu sur place, il a pu rencontrer Wirathu et lui proposer cette aventure. Quand ce dernier a demandé au metteur en scène pourquoi il voulait réaliser le film, il répondit que Marine Le Pen partageait beaucoup de ses idées et que si elle arrivait au pouvoir en France, elle ferait sans doute appliquer des lois semblables à celles qu’il venait d’arriver à faire voter dans son pays. 
"En fait la réponse que j’avais donnée à Wirathu était assez proche de la vérité car c’était en effet des problèmes occidentaux dont je voulais aussi parler, en approchant un personnage dont le bouddhisme était en fait avant tout nationaliste et populiste. Une fois sur place j’ai donc compris que nous avions beaucoup à apprendre des bouddhistes extrémistes. Les “axes du mal” et les populismes n’ont pas de frontières... Je voulais comprendre comment ce genre de paroles provoquaient des passages à l’acte alors que ceux qui les prononçaient avaient souvent un discours de paix et d’harmonie", explique Barbet Schroeder.