La Ricotta

de Pier Paolo Pasolini

Italien France / 1963 / 0h35

avec Laura Betti, Orson Welles, Tomás Milián...  

 

 

Stracci, figurant dans une superproduction basée sur la vie du Christ, est chargé d’incarner le troisième larron dans la scène de la crucifixion. En dehors des moments de tournage, il est obsédé par une chose : la nourriture. À tel point qu’il est devenu la risée des autres membres de l’équipe. Stracci profite alors d’une pause pour partir s’acheter une grosse part de ricotta, qu’il s’empresse d’engloutir... 
Dans l’Italie des années 1960, en pleine mode des films à sketches, le producteur Alfredo Bini décide de réunir les réalisateurs Roberto Rossellini (Ro), JeanLuc Godard (Go), Pier Paolo Pasolini (Pa) et Ugo Gregoretti (G). Intitulé RoGoPaG, ce film collectif a pour thème la société de consommation moderne. Des quatre sketchs qui le composent, seul celui de Pasolini, La Ricotta, passera à la postérité, notamment en raison de l’énorme scandale qu’il provoqua à sa sortie – le cinéaste fut condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir « vilipendé publiquement la religion d’État ». C’est sur le tournage de Mamma Roma que Pasolini écrit ce moyen-métrage qui mêle le trivial et le sacré. En prenant pour sujet la Passion du Christ, il montre que la classe privilégiée, symbolisée par les artistes, reproduit la même violence sur le peuple, ici représenté par Stracci le figurant, que les tortionnaires romains. Pour Pasolini, le sacré survit à travers le peuple et non dans l’art académique représenté par le personnage d’Orson Welles, le réalisateur du film dans le film. Provocateur mais nullement blasphématoire, d’une grande maturité formelle, La Ricotta annonce les chefs-d’œuvre à venir du maître.