Naissance d'un esprit libre

par Rémi Chayé

 

À PROPOS DE LA RÉALISATION 

D’abord dans ce film, il y a un espace énorme. Celui des plaines de l’Ouest avec ses ciels monumentaux. Celui des Montagnes Rocheuses qui lentement apparaissent puis grandissent de jours en jours. Et qu’il va falloir franchir.

C’est un parcours dans le paysage pour ce « village sur roues ». Parce que cette petite communauté fonctionne comme une petite bourgade. Et ce village bouge tout le temps ; avance avec l’espoir de trouver un avenir meilleur, plus loin. 

Dans cette communauté, il y a cette gamine de 10 ans. Au départ, elle n’est pas contestataire, pas rebelle à son statut, à sa condition. Elle est une jeune fille et les jeunes filles dans les convois de pionniers, elles font la cuisine, la vaisselle, les lessives, elles s’occupent de leurs frères et soeurs. Elles sont autour des chariots et elles y restent. Martha Jane, elle prend ça comme ça vient, comme une évidence. 

En revanche, une fois qu’elle a goûté à la liberté, comme elle a du caractère, elle refuse de revenir en arrière. C’est l’occasion, avec les rencontres, les expériences qu’elle accumule de créer sa propre façon d’exister, avec une grande liberté et avec cent ans d’avance. 

Est-ce que je reste un garçon si je m’habille avec une robe rose ? » Est-ce que Martha Jane peut mettre un pantalon, se couper les cheveux,vivre librement ? C’est de ça dont on veut parler aux enfants. Simplement. Avec une aventure, des situations marrantes et plein de facéties. 

La vraie Calamity Jane a vécu quelques fois en vendant sa biographie, qu’elle avait fait écrire, en enjolivant, d’autres fois en jouant son propre personnage dans des spectacles sans trop d’égard pour la vérité. On en fait une petite menteuse, à la Tom Sawyer qui ment pour survivre, pour surmonter la misère ou pour se sortir par le récit de situations désavantageuses. 

Avec ce film, notre envie était de repartir vers une fiction construite autour de ses personnages, avec des enjeux incarnés, des portraits qui nous parlent autant de la conquête de l’Ouest que d’aujourd’hui. Des personnages qu’on construit avec leurs complexités, avec des méchants qui ont leur part de lumière. 

Nous avons recherché la simplicité graphique des personnages taillés dans des formes fortes avec des couleurs et des espaces gigantesques forts, en cinémascope, soutenu par la musique puissance et inspirée de Florencia Di CONCILIO, mêlant instruments bluegrass et orchestre symphonique. 

À PROPOS DE L'ÉCRITURE 

Pourquoi ce sous-titre : « Une enfance de Martha Jane Cannary » ? 

Parce qu’en fait, les historiens rapportent peu de choses de la jeunesse de celle qui va devenir Calamity Jane. Si ce n’est qu’elle est la fille aînée d’une famille pauvre qui décide vers 1860 d’immigrer vers l’Ouest. Martha Jane a alors une dizaine d’années. Et c’est au début de ce voyage qu’elle perd sa mère dont elle était très proche. Un traumatisme qui, selon ses biographes, aurait créé chez elle un véritable sentiment d’abandon. 

C’est à partir de là que commence le film. On est dans le convoi, quelques mois après le décès de sa mère. Dans ce convoi, il y a une quarantaine de familles environ et la famille Cannary fait partie des moins fortunées. Et vu leur manque d’éducation, on peut même dire qu’ils sont en marge, surtout depuis qu’Abraham Jacobson, un des colons, s’est imposé comme le chef du convoi. 

Très strict et à cheval sur les bonnes manières, il incarne cette société bien-pensante à laquelle Martha Jane s’est longtemps confrontée. 

Personne ne sait si Abraham Jacobson a vraiment existé mais ce qui nous intéresse dans le film, ce n’est pas d’être fidèle à la réalité – que l’on n’a jamais réussi à connaître, Calamity Jane n’ayant cessé de mentir sur sa vie – mais d’imaginer comment cet « esprit libre » s’est peu à peu construit, à force d’aventures et de rencontres. Et comment Martha a assumé cette envie de liberté en faisant le choix de s’habiller en homme et de vivre comme un homme. 

C’est aussi le parcours d’une gamine qui, très tôt orpheline et livrée à elle-même - son père est mort un an après sa mère -, n’a cessé de mentir, de s’inventer une vie avant de réapprendre à faire confiance. 

Car au-delà du « déguisement » et de son comportement orgueilleux, fantasque, voire brutal, c’est quelqu’un d’attachant, en perpétuel manque d’affection. Une personnalité ambigüe, différente, en avance sur son temps, qui a fait voler en éclat les codes masculins/féminins.  

 

(Dossier de presse)