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La mort de Staline

The Death of Stalin

2018

Etats-Unis / France / Grande-Bretagne

1h48

de Armando Iannucci.

avec Olga Kurylenko (Maria Veniaminovna Yudina), Tom Brooke (Sergei), Paddy Considine (Andreyev), Justin Edwards (Spartak Sokolov - Conductor 1), Adrian McLoughlin (Josef Stalin), Simon Russell Beale (Lavrenti Beria), Jeffrey Tambor (Georgy Malenkov), Steve Buscemi (Nikita Khrushchev), Michael Palin (Vyacheslav Molotov), Paul Ready (KVD Officer Delov)...


"Staline meurt et c’est toute la paranoïa de l’URSS qui se déchaîne. Mais dans cette comédie cruelle et absurde, elle prête franchement à rire.

Dans l’Union soviétique de Staline, la peur était le fondement du pouvoir. Tout le monde, jusqu’au sommet de l’Etat, était en permanence sur le qui-vive, car dans ce royaume de l’arbitraire un mot de travers, un rictus mal interprété, une simple jalousie entre voisins suffisait à vous envoyer, au mieux au goulag, au pire devant le peloton d’exécution. Armando Iannucci, maître de la satire politique (dans lafilm In the loopcomme dans la série Veep), l’a bien compris : dans son récit de l’agonie du « Petit Père des peuples », puis de sa guerre de succession éclair, l’angoisse des personnages est, à juste titre, permanente. Mais son intensité confine à l’absurde. Et transforme tout — les situations, les paroles, les êtres humains — en caricature. Donc, en farce. On comprend mieux pourquoi les services de Vladimir Poutine, très sourcilleux sur la représentation des gloires nationales, ont interdit La Mort de Staline en Russie…

Tout paraît incroyable, or tout (ou presque) est vrai dans cette adaptation de la bande dessinée très documentée de Fabien Nury et Thierry Robin (1) . Et quand le scénario prend quelques libertés avec la réalité historique, tout reste plausible. Staline, terrassé par une attaque cérébrale le 2 mars 1953, attend, des heures, les premiers secours parce que personne n’ose pénétrer dans sa chambre. Et impossible de lui trouver un neurologue digne de son rang : les meilleurs médecins du pays ont été liquidés… Au chevet du tyran défile la garde rapprochée du bureau politique : le fidèle et falot Gueorgui Malenkov, secrétaire général adjoint et héritier désigné ; le pervers Lavrenti Beria, patron sans scrupule de la police politique ; ou encore son grand rival, le (faussement) débonnaire ministre de l’Agriculture Nikita Khrouchtchev. Viatcheslav Molotov, le vétéran de la révolution, finit lui aussi par arriver — en miraculé : il devait être arrêté pendant la nuit, sur ordre de Staline… Débutent alors deux jours et deux nuits de tractations, de renversements d’alliances et de coups tordus entre les prétendants à la tête du Kremlin. Un jeu de massacre féroce, souvent très drôle, où les bons mots fusent comme des balles — « Je ne me souviens plus de qui est vivant ou pas », avoue ainsi Malenkov, dépassé par l’ampleur des purges.

Les joutes verbales, à la fois très littéraires et très crues, sont la marque de fabrique d’Armando Iannucci. Il leur ajoute, ici, un vrai sens du burlesque grâce au fils taré de Staline, un général d’opérette alcoolique et imprévisible qui fait basculer le film dans l’univers des Marx (Brothers, pas Karl). Rupert Friend, son interprète, et ses partenaires américains (Steve Buscemi, irrésistible en Khrouchtchev) ou anglais (l’ex-Monty Python Michael Palin, étonnant en Molotov) s’en donnent à cœur joie. Jason Isaacs transforme le maréchal Joukov, héros multigalonné de la Seconde Guerre mondiale, en hilarante brute au langage fleuri. Mais on doit la performance la plus impressionnante à Simon Russell Beale. Ce grand comédien shakespearien, peu connu en France, compose un Beria complexe, à la fois monstre et bouffon, repoussant et fascinant. Avec lui, le rire se fige souvent. Et la comédie cruelle flirte avec la tragédie. " Télérama




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