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Une pluie sans fin

Bao xue jiang zhi

2018

Chinois

1h59

de Yue Dong.

avec Yihong Duan (Yu Guowei), Yiyan Jiang (Yanzi), Yuan Du (Officier Zhang), Chuyi Zheng (Officier Li), Wei Zheng (Liu)...


"Un polar obsessionnel et romantique dans la Chine ouvrière des années 1990. Et un premier long métrage d’une ampleur saisissante.

Son nom est Yu Guowei : Yu comme vestige, Guo comme nation et Wei comme glorieux. Mais, à la fonctionnaire pénitentiaire qui lui demande de préciser quel est son patronyme parmi les trois, il répond « Yu comme inutile ». Ce quadragénaire banal au regard triste et à la petite moustache peu fournie sort de prison et son passé lui revient brutalement en mémoire… 1997, quelques mois avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Ce jour-là, le ciel est, comme d’habitude, gris charbon et son side-car tombe en panne sur la route mouillée d’un site industriel. Yu le pousse tant bien que mal pour arriver au plus vite sur le lieu du crime. Il est tellement fier d’avoir été appelé, lui, le simple vigile d’une usine, pour aider la police, qu’il ne peut s’empêcher de photographier discrètement le cadavre ensanglanté de cette jeune femme dans l’herbe, troisième victime d’un tueur en série. Sur son lieu de travail, parce qu’il fait bien son boulot de surveillant, tout le monde l’appelle « Détective Yu ». Alors, cette enquête, il va la faire sienne. Jusqu’à l’obsession. Jusqu’à provoquer des morts en série…

C’est, donc, l’histoire d’un « employé modèle », un type zélé qui trottine, puis court sans fin, les pieds dans la boue, dans un pays où tout le monde s’appelle encore « camarade » pour quelque temps. S’il reconstitue les scènes de crime, s’il lui faut trouver les coupables, c’est pour « donner un sens à sa vie », comme il l’explique à un commissaire las et proche de la retraite. Mais dans ce coin de la Chine où les usines ferment, où même le ciel menace de vous tomber sur la tête, qu’est-ce que le sens de la vie ?

Devant son ampleur, ses influences et son romantisme, on peine à croire que ce film noir chinois soit un premier long métrage. La mise en scène de cet ancien chef opérateur est superbe : plans larges et lents, où l’horizon n’est que brouillard à perte de vue, où les ouvriers, filmés en contre-plongée, en blouse terne ou en ciré, deviennent une foule interchangeable. Le réalisateur multiplie les brusques ruptures de rythme : il filme, soudain, une folle course-poursuite le long d’une voie ferrée, ou une femme qui tombe d’un pont, comme dans un vieux film noir façon Alfred Hitchcock, avec un décor qui semble être une transparence… Même le temps se pare d’artifices dans ce film où la nuit est trouée de néons roses qui se reflètent sur les vitres dégoulinantes d’un salon de coiffure sans clients ou d’une gargote où Yu boit en guettant sa proie… On pense beaucoup au grand cinéma sud-coréen, particulièrement à Memories of murder, de Bong Joon-ho, mais sans son humour salvateur. Tourné dans la province du Hunan, à Hengyang, site industriel majeur du sud de la Chine devenu un no man’s land à la fin des années 1990, Une pluie sans fin est une désespérante et emballante peinture des « vestiges inutiles d’une nation glorieuse », comme Yu Guowei, qui rêvent à des âmes mortes et en oublient de vivre une possible histoire d’amour." Télérama




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