Foxtrot

2017

France / Israël / Allemagne

1h53

de Samuel Maoz.

avec Lior Ashkenazi (Michael Feldmann), Sarah Adler (Daphna Feldmann), Yonaton Shiray (Jonathan), Shira Haas (Alma), Karin Ugowski (mère de Michael), Yehuda Almagor (Avigdor, frère de Michael), Yaakov Zada Daniel (homme sous la pluie), Irit Kaplan (femme sous la pluie)...


Lorsque des officiers de l'armée se présentent chez eux pour leur annoncer la mort de leur fils Jonathan, Michael et Dafna sont dévastés. Dafna se réfugie dans les antidépresseurs, tandis que Michael en vient à ne plus supporter ni les pleurs de son entourage, ni le zèle pourtant bien intentionné des bureaucrates de l’armée. Emporté par la colère, Michael va alors faire l’expérience d’un retournement de situation... « Foxtrot ou la danse d'un homme avec son destin. C'est une parabole philosophique qui s’essaie à déconstruire ce vague concept que l’on appelle "destin" à travers l’histoire d’un père et de son fils. Malgré la distance qui les sépare, chacun interfère sur le destin de l'autre» Samuel Maoz. La ministre de la Culture israélienne, Miri Regev, s’en est violemment prise au second film de Samuel Maoz (après Lebanon), affirmant avoir honte que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une oeuvre qui salit l’image de l’armée de son pays. Cette polémique a contribué à susciter la curiosité autour de Foxtrot, qui a totalisé plus de cent mille entrées en Israël. C'est un film dense qui traite de la dimension tragique de la situation israélienne, des parents endeuillés et du caractère arbitraire de la mort en Israël. Un film étonnant à la fois réflexion sur les traumas d'Israël, drame familial, farce absurde et film de guerre.

"Un film étonnant à la fois réfléexion sur les traumas d'Israël, drame familial, farce absurde et film de guerre." Première


La petite histoire

 Le réalisateur Samuel Maoz revient sur la genèse du projet Foxtrot : "C’est une histoire vraie et personnelle, survenue en 1994, qui est à l’origine du film. Ma fille avait l’habitude de traîner au lit le matin et d’arriver à l’école systématiquement en retard. Au départ, j’avais décidé de lui payer le taxi pour lui éviter des problèmes à l’école, mais après m’être rendu compte que ce luxe devenait trop cher pour nous, je lui ai dit : « plus de taxis ! à partir de demain, tu prends le bus n° 5 qui s’arrête près de l’école ». Ma fille a un peu protesté, mais elle a été contrainte d’accepter. Le lendemain matin, elle est partie prendre le bus n° 5, et une heure plus tard, on a annoncé à la radio un attentant-suicide sur la même ligne (un attentat terrible qui a fait 22 morts et plus de 100 blessés). 
Vous imaginez mon état de panique, d’autant qu’il m’a été impossible de joindre ma fille pendant plus d’une heure, parce que toutes les lignes téléphoniques étaient saturées. Je peux vous dire que ce fut la pire heure de ma vie. J’ai souffert comme je n’ai jamais souffert, c’était bien pire que toutes les épreuves de la guerre du Liban. Ma fille a finalement réussi à me joindre pour m’annoncer qu’elle avait raté de justesse le bus en question et qu’elle était en fait montée dans le suivant. C’est cette histoire terrible, où hasard et destin se sont mêlés, qui m’a inspiré le scénario de
 Foxtrot."

Si le film n’est pas directement autobiographique comme l’était Lebanon, il l’est tout de même, à sa manière, selon le cinéaste Samuel Maoz"La question du traumatisme de la Shoah et la manière dont cette expérience s’est enracinée dans la société israélienne, reflètent ma propre vie. Ma mère est une rescapée de la Shoah, et durant mon enfance et mon adolescence, je n’ai jamais eu le droit de me plaindre, parce que les pires choses qui auraient pu m’arriver n’étaient rien à côté de ce qui était arrivé aux victimes de la Shoah. L’obligation de refouler une souffrance est terrible pour un enfant et il développe nécessairement des séquelles liées à ce refoulement. 
De plus, on a exigé de nous de réparer le traumatisme de la génération des survivants : nous avions le devoir d’être forts et virils. Le rêve de chaque enfant de ma génération était de devenir un jour un soldat courageux de l’armée israélienne, pour que ce qui était arrivé aux victimes de la Shoah ne se reproduise plus jamais. Mais tous les enfants n’étaient pas faits pour coller à ce modèle, et ce processus de formation idéologique a laissé de profondes cicatrices chez beaucoup d’entre nous… Chez moi, entre autres, et chez le personnage de Michael dans le film, dont la réussite professionnelle et ce magnifique appartement dans lequel habite sa famille est une sorte de cage dorée qui cache une souffrance et une grande fragilité."