Kings

2017

Etats-Unis / France

1h32

de Deniz Gamze Ergüven.

avec Halle Berry (Millie), Daniel Craig (Obie Hardison), Kaalan Rashad Walker (William MCgee), Lamar Johnson (Jesse Cooper), Rachel Hilson (Nicole Patterson), Issac Ryan Brown (Shawnte), Kevin Carroll (Manager), Rick Ravanello (Officier Camello)...


1992, dans un quartier populaire de Los Angeles.
Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption.
Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile.
A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

"Une chronique rageuse et poignante de la semaine de violences urbaines qui secoua Los Angeles en 1992. Pour son premier long métrage en langue anglaise, la réalisatrice turque révélée par Mustang en 2015, ne cherche pourtant pas à reconstituer l’affaire, mais à humer l’air suffocant de la poudrière, à capter le crépitement des premières étincelles, jusqu’à l’embrasement total. Kings n’est pas un film dossier, c’est une immersion vibrante dans le quartier-ghetto de South Central." Télérama


La petite histoire

 Deniz Gamze Ergüven a commencé à réfléchir à Kings en 2005 et plus précisément lors des émeutes qui se sont déroulées en France. A ce moment, elle a été interpellée par ce qui était en train de se passer et avait le sentiment de comprendre ce qui se matérialisait à travers ces mouvements. La réalisatrice se rappelle : "Je ressentais un malaise très fort à l’époque en France. Je suis arrivée à Paris à l’âge de six mois, j’y ai vécu presque toute ma vie. Or je n’étais toujours pas française, on venait de me refuser pour la deuxième fois la nationalité. Et je ne savais pas si j’allais pouvoir rester en France. Je devais aller fréquemment à la Préfecture, j’avais peur à chaque fois que je passais le contrôle des passeports à la frontière. Je ressentais ainsi un sentiment étrange de fragilité dans ma relation au pays que je considérais comme le mien. Dans ces émeutes, je pouvais reconnaître quelque chose que je ne connaissais que trop bien. Ce sentiment d’être rejeté par un pays qu’on aime profondément, même si ce qui passait alors, courses poursuites, affrontements avec la police, ce n’est pas comme cela que je manifesterais mes émotions."

Ce n'est pas la première fois que le cinéma s'empare des émeutes de L.A. En 2003, Dark Blue, écrit à partir d'une histoire signée James Ellroy, avait déjà raconté les lourdes conséquences de l'affaire Rodney King. Deniz Gamze Ergüven explique pourquoi le cinéma a si peu abordé cet épisode honteux de l'histoire des Etats-unis : "D’une certaine manière, ce qui concerne les questions raciales aux Etats-Unis reste sous une sorte de chape de plomb. On ne parle pas dans la vie de tous les jours l’héritage encore traumatisant de l’esclavage, de la ségrégation. En outre ce n’est l’heure de gloire de personne les émeutes de 1992, ni de la LAPD qui s’est comportée en toute lâcheté, ni des gens qui sont allés piller dans des grands magasins. Beaucoup d’enfants qui sont nés après ces émeutes ne savent pas ce qu’il s’est passé. Leurs parents ne leur en ont jamais parlé. C’est un moment honteux pour tout le monde. Tout d’un coup cette fameuse chape de plomb se lève, on voit à quel point c’est dégoûtant, puis on referme, ça redevient tabou et on n’en parle plus. Au début des émeutes il y eut un moment d’indignation, tout le monde était d’accord, une injustice énorme avait été commise. Mais ça a très vite vrillé dans une culmination de violence dont personne n’a envie de se souvenir."