Si tu voyais son coeur

2017

France

1h26

de Joan Chemla.

avec Gael García Bernal (Daniel), Marine Vacth (Francine), Nahuel Perez Biscayart (Costel), Karim Leklou (Michel, AKA Umberto), Mariano Santiago (Lucho), Manuel 'Manole' Muñoz (Pepe), Antonia Malinova (Sylvie), Patrick de Valette (Franck)...


Deux amis pour la vie, l’un meurt, l’autre vit. Et pour cela Daniel est mis au ban de sa communauté de gitans et doit rembourser sa dette à la famille. De petits boulots pas très clairs en vols de câbles, il vivote dans un drôle d’hôtel de paumés, de petits délinquants. Il sombre peu à peu dans la violence qui l'entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence. Si tu voyais son coeur se passe presque entièrement à l’intérieur de cet hôtel destiné à n’accueillir que la lie de la société. Cette adaptation du roman Mon ange du Cubain Guillermo Rosales (paru en 1987), est à mi-chemin entre le film noir et le mélodrame romantique. Pour son premier long-métrage Joan Chemla fait preuve d’une grande maîtrise. Les couleurs, les lumières, les plans nous plongent littéralement dans cet univers sombre, froid et triste. Elle nous propose une galerie de personnages tous très atypiques et très bien interprétés. Gael García Bernal brille comme jamais, dans ce récit du tour de force tragique d’un homme disposé à payer le prix pour enterrer son passé.


La petite histoire

Si tu voyais son coeur est l'adaptation très libre du roman Mon ange de l’écrivain cubain Guillermo Rosales. Joan Chemla a surtout voulu garder la substance du livre et les sensations qu'elle a eues au moment de sa lecture. La réalisatrice explique : "Les premières phrases du roman donnent immédiatement le ton : « On pouvait lire boarding home sur la façade de la maison, mais je savais que ce serait mon tombeau. C’était un de ces refuges marginaux où aboutissent les gens que la vie a condamnés. Des fous pour la plupart. Mais aussi des vieillards que leurs familles abandonnent pour qu’ils meurent de solitude et n’empoisonnent plus la vie des triomphateurs. » Je me suis tout de suite sentie imprégnée par cette atmosphère tour à tour tragique, absurde, romantique, lyrique, et teintée d’humour noir."

Si le roman se déroule aux Etats-Unis et suit un exilé cubain, Joan Chemla - qui signe ici son premier long métrage - a choisi d'ancrer le film dans un hôtel social en France et de faire de son héros un exilé de la communauté gitane. Elle raconte :
"Aux États-Unis, les Latinos sont des boucs émissaires, on leur tire dessus à la carabine à la frontière. Quand je me suis demandée quel serait l’équivalent en France de cette communauté, j’ai pensé aux Tsiganes, puis aux Gitans. Je suis moi-même fille et petite-fille d’émigrée, une partie de ma famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale. Le choix de cette communauté et le sujet de l’exil me parlaient personnellement. Un autre point de réflexion a été : quel serait l’équivalent en France d’un boarding home à Miami, cette pension pour exilés dans laquelle atterrit le héros ? Et l’hôtel social s’est imposé."