L'intrusa

2017

Italie

1h35

de Leonardo Di Costanzo.

avec Raffaella Giordano (Giovanna), Valentina Vannino (Maria), Martina Abbate (Rita), Anna Patierno (Sabina), Flavio Rizzo (Vittorio), Marcello Fonte (Mino), Maddalena Stornaiuolo (Carmela), Riccardo Veno (Sessa), Emma Ferulano (Claudia)...


Giovanna est la fondatrice du centre "La Masseria" à Naples : les mères du quartier aident les enfants à échapper à la misère et à la mafia en permettant à leur créativité d’émerger par le jeu. Maria, jeune épouse d’un criminel de la Camorra en fuite, trouve refuge et hospitalité dans ce havre de paix. Maria a deux enfants. Pour les autres mères, c'est le mal incarné. Le film de Leonardo de Constanzo est admirable d'intelligence et d'écriture. C’est un portrait de femme seule qui permet dans le même geste de décrire de l’intérieur la complexité d’une société rongée par la mafia. Giovanna est interprétée par Raffaella Giordano, danseuse et chorégraphe longiligne ayant travaillé avec Pina Bausch et Carolyn Carlson. Sa manière d’aller d’un individu à l’autre, en glissant d’un pas félin avec une belle lassitude, donne envie de la suivre. Son cas de conscience devient alors un peu le nôtre. C’est à un cas d’école sur les limites de l’utopie, à un vrai dilemme moral incarné que nous confronte ce film sensible et intelligent.


La petite histoire

 Comme il l'a fait avec L'Intrusa, Leonardo Di Costanzo s'est souvent intéressé aux gens qui vouent leur vie à la médiation sociale, et qui, de par l’endroit où ils vivent, offrent un point de vue privilégié pour raconter un quartier, une ville ou une société dans un contexte historique particulier. Le metteur en scène avait ainsi déjà abordé cette thématique dans Un cas d'école avec un professeur travaillant dans une banlieue délabrée ou "En quête d'état" avec un maire qui veut rétablir l’état de droit dans une ville dominée par le trafic mafieux. 

Au coeur de L’Intrusa se trouvent quelques-uns des "héros" des temps modernes. Des gens dont, selon Leonardo Di Costanzo, on ne parle pas assez, par rapport à leur importance sociale et aux problématiques auxquelles ils se confrontent. Le réalisateur raconte :  

"Des gens qui, en raison de leurs convictions politiques, religieuses ou simplement humanistes, décident de dédier leur vie à une cause sociale. Ils ont à faire avec les pauvres, les déclassés de nos banlieues où le crime organisé est quasi institutionnalisé. Je ne parle pas de ce que les économistes appellent le « secteur solidaire » où, malheureusement, la logique entrepreneuriale prévaut de plus en plus. Ce qui est intéressant, ici, c’est le système de valeurs du bénévolat, de groupes formés de façon spontanée – dans la plupart des cas –, souvent autofinancés et nés d’une forte motivation personnelle."