Un homme intègre

Lerd

2017

Iran

1h58

de Mohammad Rasoulof.

avec Reza Akhlaghirad (Reza), Soudabeh Beizaee (Hadis), Nasim Adabi, Zeinab Shabani, Missagh Zareh, Zhila Shahi, Majid Potki, Mehdi Mehraban, Sepehr Ebadi, Bagher Yekta...

Prix Un Certain Regard, Festival de Cannes 2017


Reza, homme intègre a renoncé à la vie à Téhéran et à la carrière que lui promettaient ses études pour s’installer dans une bourgade reculée et vivre harmonieusement dans une ferme avec sa femme, directrice d’école, et son fils, et se convertir à l’élevage de poissons rouges. Le jour où la « compagnie », organe sans visage où se confondent le pouvoir de l’argent et tout le pouvoir politique de la région, décide de s’approprier son terrain, cette attitude trouve sa limite. Le film installe d’emblée une situation de crise. Harcelé par la police, Reza cherche en même temps une solution pour s’acquitter d’une dette dont les pénalités s’accumulent, voulant à la fois éviter de vendre son terrain et de prendre part au système de corruption. Il est pris au piège d’un système de corruption généralisée dont toute la communauté est complice. Chaque fois qu’il pense avoir trouvé une issue à sa situation, il voit s’abattre sur lui un nouveau cataclysme, plus ravageur encore. Et lorsque sa femme, décide de prendre les choses en main, elles empirent... Le film mute alors, abandonnant son enveloppe de fable sociale kafkaïenne tendance Cristian Mungiu pour celle d’un thriller mafieux aux allures de cauchemar éveillé dont la tension condense des visions incandescentes, plastiquement splendides. Le film déploie avec lenteur sa charge dénonciatrice. On s'attache peu à peu au combat donquichottesque de cet homme qui prend son destin en main, seul face à la corruption organisée. On s'attache aussi à l'évolution psychologique de Reza et à cette famille dans la tourmente dont l'unité menace d'exploser. Nouvelle charge de Mohammad Rasoulof contre la corruption et la violence du pouvoir iranien, Un homme intègre a bien mérité son prix.


La petite histoire

 Pour Un homme intègre, le réalisateur Mohammad Rasoulof s'est appuyé sur les propos du sociologue américain C. Wright Mills : "La peur du pouvoir entraîne une identification à ce même pouvoir (qui viole les droits du peuple)." Dans son film, le cinéaste suit un homme et une femme qui "par nécessité, se retirent dans une zone éloignée, vivent de la pisciculture, et finissent par s’identifier à ce même environnement corrompu qu’ils avaient choisi de fuir. Les structures sociales corrompues, au pire, écrasent l’individu, au mieux, font de lui un des maillons de la chaîne de la corruption. Un autre choix est-il possible ?"

Un homme intègre est interdit en Iran mais le réalisateur et producteur Mohammad Rasoulof ne baisse pas les bras et espère obtenir les autorisations nécessaires pour projeter son film dans son pays natal. Ce n'est malheureusement pas la première fois que le cinéaste est confronté à la censure : "À ce jour, j’ai produit six films dont aucun n’a été projeté en Iran, le pays auquel mes histoires et moi appartenons. Le système de censure a conduit à la fermeture de toutes les salles de cinémas. Les réalisateurs indépendants, c’est-à-dire sans financement de l’État pour leur production, sont perpétuellement en train de chercher un moyen de contourner la censure."
Rasoulof reconnaît que si la censure stimule parfois la créativité des artistes, ces derniers atteignent parfois un niveau de saturation qui les mène au désespoir. Ainsi, certains tournent leur film à l'intérieur d'un appartement ou choisissent un lieu de tournage reculé et isolé. Ces conditions se répercutent sur la mise en scène : l'équipe est parfois contrainte d'utiliser des petites caméras non professionnelles, de renoncer à un chef opérateur ou de simplifier à l'extrême le scénario.