Retour à la vie

1949

France

2h00

de Henri-Georges Clouzot (segment "3: "Le retour de Jean, "), André Cayatte (segment "Le retour de Tante Emma"), Jean Dréville (segments "Le Retour de René", "Le Retour de Louis"), Georges Lampin (segment "Le Retour d'Antoine").

avec Bernard Blier (Gaston), Louis Jouvet (Jean Girard), Noël-Noël (René), François Périer (Antoine), Serge Reggiani (Louis, le mari de la jeune allemande)...


"Cinq histoires pour raconter le retour à la vie normale d’anciens prisonniers et déportés.

« Ne nous accusez pas d’être pessimistes, les gens heureux n’ont pas d’histoire. » Le ton de Retour à la vie est donné dès l’ouverture. 

Pour ce premier film à sketches français de l'après-guerre, quatre réalisateurs ont été réunis pour traiter d’un thème particulièrement difficile : la réadaptation à la vie civile des prisonniers de guerre, le retour à une existence qui les avait oubliés. Certes inégaux, les sketches sont tour à tour émouvants, cinglants… Quant au Retour de Jean, signé Clouzot, il est d’une rare noirceur. 

Ancien professeur, Jean Girard n’attend plus grand-chose de la vie. Blessé à la jambe à la suite d'une tentative d’évasion, il vit dans une pension de famille. Lorsqu’il découvre dans sa chambre un soldat allemand en fuite, il décide de le cacher, voyant en lui une autre victime de la guerre. Mais l’homme se révèle être un bourreau nazi. 

Le Retour de Jean ne dure qu’une vingtaine de minutes. À peine plus d’un quart d’heure pour installer une ambiance, un décor et pour essayer de comprendre le mécanisme psychique qui transforme un homme en bourreau. Et c’est sur Louis Jouvet – qui excelle ici - et Jo Dest que reposent cet exercice de style et de psychologie, cette réflexion sur le mal, l’abjection et l’acte de « torturer tous les jours comme on vient au bureau ». Le Retour de Jean, essentiel et glaçant, sera la dernière confrontation de Clouzot avec la Libération. 

« Comment un homme qui pouvait être le meilleur époux, le père le plus attentif, le collègue le plus agréable, le voisin le plus charmant a-t-il pu devenir un rouage indispensable de la machine à dévorer les hommes ? Jamais avant et, peut-être, jamais depuis la question n’a été posée avec une telle limpidité, sans sentimentalisme aucun, mais au contraire dans sa nudité la plus absolue et, donc, la plus obscène. On se trouve ici tout près de Jean-Paul Sartre et la réflexion est extraordinaire de maîtrise, d’intelligence et de profondeur. Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas de pourquoi et pas davantage de comment. Et c’est justement là ce qui glace le sang. » (Pascal Mérigeau, extrait du catalogue de France Cinéma 1998)." Festival Lumière