Visages Villages

Visages Villages

2017

France

1h29

d'Agnès Varda et JR.


Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images et sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR est connu pour ses immenses images collées, un peu partout, sur les murs. Ensemble, ils ont décidé de tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Des corons du Nord aux cigales du Lubéron, des docks du Havre aux plages de Normandie, des survivants de la mine aux éleveurs de chèvres, le duo musarde, récolte la vie telle qu’elle est. Face à leur travail, face à ces photos géantes saisies sur l’instant, puis installées à la vue de tous, les « modèles » d’un jour sont en proie à une grande émotion. Le surgissement de ces images dans le décor suscite chez les passants le besoin de parler, de se raconter, de se souvenir. L’art libère la parole et rapproche. Chaque visage est une histoire. Chaque visage est un paysage. Le film raconte aussi l’amitié naissante entre les deux artistes. Ils devisent, se laissent porter par le plaisir d’être ensemble, de se taquiner, de se confier, de se découvrir, au gré des surprises de la route. Un vent de liberté et de gaieté souffle sur ce film émouvant et doux. Une pure merveille.


La petite histoire

 C'est la fille d'Agnès Varda, Rosalie, qui a eu l'idée de la rencontre entre sa mère et le photographe JR.
"C’est moi qui ai fait le premier pas. Je suis allé voir Agnès rue Daguerre. J’ai fait des photos de sa façade légendaire — elle habite là depuis cent ans. Et d’elle avec un chat", se souvient JR. "Le lendemain, c’est moi qui suis allée le voir dans son atelier. J’ai fait des portraits de lui, mais j’ai vite compris qu’il n’avait pas l’intention d’enlever ses lunettes noires. J’ai tout de suite senti qu’on allait faire quelque chose ensemble. Nous avons d’abord pensé à un court métrage documentaire", ajoute Varda.

Agnès Varda a tenu à faire sortir JR des villes pour l'attirer dans la campagne française. En tant qu'artiste urbain, il n'a pas souvent l'occasion d'aller dans ces endroits reculés qu'affectionnent la réalisatrice. Le duo a donc pris le camion photographique de JR pour parcourir les routes de France à la rencontre des gens.
"Chacun de nous avait parfois un contact quelque part dans un village ou une envie de quelque chose. Donc, on allait voir. Comme toujours dans le documentaire, parce que j’en ai beaucoup fait, on a une idée, et très vite, le hasard, les rencontres, les contacts font que tout à coup, cela se cristallise sur quelqu’un, ou sur un endroit. En fait, on engage le hasard, on l’engage comme assistant !", explique la cinéaste.

Agnès Varda et JR ont voulu donner la parole en priorité aux femmes dans Visages, villages
"Oui, avec JR nous étions d’accord qu’il y a un plaisir et du bon sens à donner la parole aux femmes", déclare la réalisatrice. "C’était l’idée d’Agnès. Quand je lui ai montré toutes les photos des dockers du Havre, elle a dit : « Mais où sont les femmes ? » Donc, j’ai rappelé les dockers et je leur ai demandé : « Est-ce que vos femmes pourraient venir sur le port ? ». Ils m’ont répondu : « Écoute, elles ne sont jamais venues, mais c’est peut-être l’occasion. ». C’était assez dingue de leur faire découvrir le port grâce à ce projet", raconte JR."C’étaient trois femmes intéressantes qui avaient des choses à dire, donc c’était bien. Moi, ça me faisait plaisir qu’elles se trouvent mises en valeur « pour une fois », comme dit l’une d’entre elles", ajoute Varda.