Sicilian Ghost Story

2017

Italie / France / Suisse

1h57

de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.

avec Julia Jedlikowska (Luna), Gaetano Fernandez (Giuseppe), Corinne Musallari (Loredana), Andrea Falzone (Nino), Federico Finocchiaro (Calogero), Lorenzo Curcio (Mariano), Vincenzo Amato (Père de Luna), Sabine Timoteo (Mère de Luna), Filippo Luna (U'Nanu), Baldassare Tre Re (Venatura)...


Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné... Luna ne cessera dès lors de le chercher, dans les méandres d’une île au visage brumeux et inquiétant. Les réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, auteurs du génial Salvo en 2013, continuent à s’intéresser aux sordides histoires de mafia de leurs terres siciliennes en convoquant, cette fois-ci, l’univers du fantastique. Les réalisateurs cultivent un onirisme qui se développe de la même manière que le fait la littérature fantastique (Edgar Allan Poe, Henry James etc.) ou, plus récemment, dans l’oeuvre littéraire et cinématographique de Guillermo Del Toro. L’interprétation magnifiquement portée par de jeunes acteurs non-professionnels et, surtout, la photographie exceptionnelle de Luca Bigazzi, font de Sicilian Ghost Story un objet de cinéma à l’émotion forte renfermant en son sein un hommage sublime qui prouve que le message antimafia des auteurs de cinéma peut évoluer vers d’autres formes sans perdre de sa toujours alarmante intensité.


La petite histoire

 Sicilian Ghost Story est inspiré d’un fait réel. Le 23 novembre 1993, Giuseppe Di Matteo, fils du mafieux repenti Santino Di Matteo, est enlevé par des hommes habillés en policiers dans le manège équestre qu’il fréquente. Ils le convainquent de monter dans une voiture avec eux, en lui disant qu’ils l’emmèneront voir son père, qui collabore avec la police dans un lieu secret. Giuseppe, n’ayant pas vu son père depuis des mois, ne se le fait pas dire deux fois. C’est ainsi que commence le rapt d’un gamin de 12 ans. Giovanni Brusca, le « boss » de la mafia qui a organisé cet enlèvement, est sûr que Santino Di Matteo interrompra sa collaboration avec la police pour sauver son fils et qu’il reviendra sur ses témoignages dans les procès en cours contre lui (Brusca a commis plusieurs homicides ; il est l’un des principaux suspects dans l’attentat contre le juge Falcone). 
Brusca a vu grandir cet enfant car il était l’ami et le boss de Santino di Matteo. Santino Di Matteo continuera pourtant de collaborer avec la Justice. Giuseppe restera 779 jours et nuits entre les mains de ses geôliers mafieux, qui le déplacent d’une cachette à l’autre, menotté, les yeux bandés, lors de longs transferts dans toute la Sicile. Cet enlèvement sans issue possible s’achève dans un bunker souterrain au sein d’une propriété à 2 kilomètres du village natal de Brusca et à 20 kilomètres du village natal de l’adolescent. La nuit du 11 janvier 1996, Giuseppe, qui n’est plus qu’une larve humaine d’une trentaine de kilos, est étranglé, son corps est dissous dans de l’acide. 

Les réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza reviennent sur le travail de recherche en amont de la production de Sicilian Ghost Story : "Avant de commencer à travailler sur le scénario nous avons lu les actes des procès qui au fil des ans ont été intentés contre les criminels qui ont enlevé et assassiné l’enfant, les livres de reconstitution historique de l’événement, y compris ceux des bourreaux. Nous sommes allés dans les lieux où l’enfant a vécu son calvaire. Ces recherches grâce auxquelles nous avons pu reconstruire bien des moments de son emprisonnement, ont été fondamentales. En effet, c’est de quelques-uns de ces moments, tels qu’ils se sont réellement produits, que nous voulions partir pour construire notre Giuseppe qui, dans sa communication secrète avec Luna, trouve la force pour les transfigurer et faire vibrer son indestructible humanité. Ces recherches ont aussi fait émerger ce qui pour nous est le trait dominant des criminels qui ont organisé l’enlèvement : leur idiotie insensée. C’est pourquoi dans la mise en scène nous n’avons pas donné aux geôliers un statut de personnages mais seulement celui d’automates féroces et ridicules. Des marionnettes vides, rien de plus."