Comment le chat nous soigne

Comment le chat nous soigne

Parmi les animaux qui se sont liés à l’homme, le chat occupe une place particulière : non content d’être accepté au foyer, il s’y comporte en maître des lieux, choisit ses emplacements et ses horaires. Ce qui ressemble à une possession est en fait un commensalisme bien ordonné pour le toit et le couvert, le chat nous prodigue une présence chaleureuse, des jeux et des conversations étonnantes, mais aussi ce ronron mystérieux et protecteur. Le chat est un thérapeute à domicile...  

 

Le vétérinaire comportementaliste Joël Dehasse pourrait bien l’avoir compris: c’est que le chat, même adulte, constitue un substitut de bébé pour l’homme, qui lui prodiguent des attentions et des soins équivalents à ceux donnés à un bébé d’homme … 

D’un poids équivalent à un bébé, le chat permet de développer un comportement de “pater/maternité” qui lui, entraîne des bienfaits réciproques à l’homme et au chat. 

De fait, la plupart des animaux domestiqués gardent leurs caractères infantiles. C’est le cas du chien, qui “est un louveteau qui n’aurait pas grandi”, puisque l’homme a constamment sé- lectionné les animaux “les plus mimi” pour les garder au foyer. 

Chez le chat, on retrouve de nombreux caractères infantiles qui nous ravissent : 

- la recherche des caresses et d’une présence continue.

- le ronronnement et l’abandon contre nous.

- le pétrissage avec les pattes antérieures, et le suçotement, deux réminiscences de l’acte de la tétée.

- un pelage doux et propre. - un miaulement (réservé à l’homme, les chats ne miaulent pas entre eux) expressif réduit à quelques onomatopées faciles à interpréter.

- le besoin continuel de jouer (jeux de découverte, jeux d’adresse…). Alors bien sûr, la sexualité, ou des cohabitations difficiles, peuvent gommer ces caractères juvéniles, mais le “modèle” du chat d’intérieur est bien celui d’un gros chaton qu’on veut continuer de materner.

Les jeux avec un chat 

Le jeu est une activité spontanée (s’il est contraint, “ce n’est plus du jeu”) qui peut s’opérer à plusieurs (selon alors des règles acceptées par tous), ce sont surtout des jeux d’exercice, ou bien en solitaire, ils font alors appel à des symboles, des représentations. 

Le jeu est spontané et empreint de la notion de plaisir. Il est aussi une marque d’organisation psychique et cognitive: jouer, c’est apprendre, c’est s’éprouver soi-même. 

 

Les bénéfices du jeu pour le maître: c’est à la fois un retour à l’enfance, une période idéalisée sans soucis, sans contrainte, et une complicité où l’on “joue à se faire peur”, puisque on risque à tout moment de se faire mordre ou griffer … 

Et puis tout simplement un plaisir partagé, une sympathie qu’on sait maintenant due à la production de neurotransmetteurs (sérotonine, ocytocine) apaisants, mais aussi énergisants. 

 

Le chat est un magnifique et performant trait d’union entre les hommes 

Et il permet de faire passer des messages d’une personne à l’autre: “Ce que je dis à Minet, c’est valable pour tous ceux qui écoutent”. A ce titre, le chat est un excellent médiateur au sein d’une collectivité (famille, école, maison de retraite …). Le cinéma a su utiliser cette relation triangulaire, dans “le chat”, avec Gabin et Signoret, et surtout dans “LA FEMME DU BOULANGER”, au retour de cette Pomponette volage si attendue dans le fournil.

 

Le chat nous lèche, le chat nous caresse …

Le chat a un sens tactile très développé. Avec des vibrisses, importants poils au niveau des naseaux (moustaches), des paupières et des antérieurs. Avec des pelotes digitales sensitives. Avec sous sa peau des milliers de corpuscules nerveux sensibles à divers mode de toucher (caresse, pincement, pression) et producteurs de neurotransmetteurs apaisants. 

Ainsi équipé, le chat recherche en permanence le contact en douceur avec ses congénères (soins de toilettes en commun, sommeils entrelacés), avec les surfaces un peu rugueuses (tronc, bas de meuble, moquette), et bien sûr avec l’homme …

Et comme ça tombe bien! L’homme est lui aussi à la recherche de contacts rassérénants.

 

Mais dans notre carcan sociétal, les contacts physiques sont très régulés car ils ont une connotation sexuelle. Ils ne s’effectuent que selon des rituels (danse, bisou familial, accolades viriles de sportifs…) très codifiés. Seuls les enfants en bas âge et nos compagnons domestiques sont tolérés de câlins “gratuits”. 

Voilà donc encore une explication à cette complicité entre le chat et l’homme: le chat “nous permet” des gestes d’affection, des élans de tendresse, qui nous sont interdits par ailleurs. Et en plus il en redemande ! 

 

Les caresses du chat à l’homme se font par léchage ou par frottage de tout son corps. N’oublions pas ce pétrissage régulier, toutes griffes rentrées, généralement accompagné d’un ronronnement tout en douceur…

 

De son côté, l’homme caresse essentiellement par effleurements avec la paume de la main ou l’extrémité des doigts. Cela provoque chez le chat un plaisir qui frise la sensualité, surtout lorsque la zone caressée est la ligne du dos, très riche en fibres nerveuses: le plaisir se transforme vite en douleur intolérable, le chat se retourne et mord, avant de détaler… 

D’où l’intérêt de surveiller les mouvements de la queue du chat qu’on caresse: si elle se tend, commence à battre en l’air, stop ! 

 

Bonheur ou détresse ? Le ronronnement est un appel … 

Nous l’avons vu, le ronronnement est acquis par le chaton dès les premiers jours de sa vie. Ce ronronnement a un sens, c’est un signal de reconnaissance et d’apaisement entre le chaton et sa mère. Une fois le chat adulte, ce phénomène vibratoire unique dans le monde animal perdure, avec un sens plus ou moins conservé, car il s’exprime dans des conditions très diverses. 

 

Chez l’homme, ce ronronnement aura deux effets:

- le son perçu à l’oreille et “reconnu”, c’est celui du petit bonheur, qui correspond à une ambiance de calme et de sécurité. Il fait appel à la mémoire et à une “culture féline” basée sur la complicité.

- les vibrations perçues par nos récepteurs cutanés (corpuscules de Pacini) font secréter des endorphines d’action très courte (quelques minutes), mais puissantes. 

 

Au total, un “nuage” de molécules calmantes, mêlé de pulsions émotives apaisées: l’écoute du ronronnement est une véritable thérapie dans le sens d’un yin généralisé… 

 

Cette « ronronthérapie » se pratique à la Mr Jourdain, auprès de chaque minet, ou bien par l’écoute d’enregistrements que les lecteurs d’Effervesciences connaissent bien…

Docteur Jean-Yves GAUCHET 

Jean-Yves Gauchet est vétérinaire à Toulouse et spécialisé dans les médecines naturelles. Il est également éditeur scientifique du journal Effervesciences dans lequel il a révélé pour la première fois les effets thérapeutiques du ronronnement. Il a acquis une notoriété et bénéficie d’une grande médiatisation grâce à son concept de ronronthérapie. Il a publié en 2014 deux ouvrages, au Courrier du Livre : «Mon chat et moi on se soigne» et «Mon chat et moi, on se régale !».

(Dossier de presse)