Entretien avec Mélanie Laurent, réalisatrice

 *Mélanie, comment vous retrouvez-vous sur un production indépendante américaine avec le producteur de Take Shelter ?

On m’a envoyé le scénario puis j’ai discuté avec Tyler Davidson, le producteur. On a échangé sur le script, il m’a posé des questions sur la vision que j’avais du film et de ce qu’il pourrait être ... Je crois qu’il avait envie de travailler avec une réalisatrice européenne et je rêvais de réaliser un film americain. Donc… 

*Lorsque l’on connaît aussi bien le métier de comédienne que vous et que l’on se retrouve à diriger des comédiens aussi renommés que Elle Fanning et Ben Foster, comment approche-t-on le travail des acteurs ? 

De la même manière qu’avec n’importe quel acteur. Avec amour, respect... En essayant de créer un vrai lien, un vrai plaisir à travailler ensemble ... Je trouve que j’ai beaucoup de chance. Je tombe toujours sur des acteurs qui ont une belle âme, de belles personnes... Quand les acteurs se sentent en confiance et qu’ils sont heureux de venir travailler chaque jour, ils ont une générosité sans limite. Et c’est toujours un cadeau de filmer certains moments de grâce, quand ils vous les offrent ... 

*Vous avez travaillé avec Arnaud Potier, votre directeur de la photographie habituel. Mais quelle a été votre approche esthétique ? 

La lumière du Texas, la fin des années 80, les décors, les acteurs, les situations... Tout prêtait à se réinventer. Mais on a travaillé de la même façon que sur les autres films. Des heures à puiser dans les photos qui nous inspirent, à créer des moodboards, à imaginer les plans de chaque séquence avec des maquettes et des petites figurines. On était tellement heureux quand on arrivait sur le plateau et que la lumière du jour se levait sur un vieux motel crasseux et beau à la fois ... La grande nouveauté c’était les séquences de violence, de poursuites, de meurtres… Je voulais les aborder comme des ballets. On a pas mal dansé sur ce film… 

*Galveston puise sa source dans l’âge d’or du roman noir : des personnages désemparés, sans réel passé (si ce n’est plutôt sombre), avec peu d’avenir… Le film est d’une grande humilité vis-à-vis d’eux, et toujours sur un fil... Pourquoi ce parti-pris ? 

Pour ne jamais tomber dans le pathos. Pour être proche d’eux, sans les juger. En s’attachant à eux, en voulant qu’ils s’en sortent. En y croyant pour et avec eux. Le scénario était un peu bavard, parfois misogyne. On a beaucoup enlevé de texte, on a rajouté des silences et on les a laissé respirer parfois ... 

*Comment s’est déroulée la post-production ? Notamment le montage et l’approche musicale. 

Sans doute la partie la moins agréable ! Peu de réalisateurs ont le final cut là-bas. Pour un réalisateur européen, c’est le plus dur… J’ai souvent pensé que j’allais perdre mon film. Mais je pense au final avoir pu aller au bout de mes idées et faire le film que je voulais. Marc Chouarain a composé la musique en 5 jours. On a travaillé dans l’urgence et peut-être que, finalement, cette urgence a servi au film. Et au final, tout s’est bien passé. 

*Seriez-vous prête à tenter à nouveau l’expérience ? 

Oui. J’ai même hâte ...

(Dossier de presse)