Note d'intention 

L’idée initiale était de tourner le film entièrement dans la calanque de Méjean, près de Marseille, qui m’a toujours fait penser à un théâtre. Les petites maisons colorées, encastrées dans les collines semblent n’être que des façades... elles sont surplombées par un viaduc où les trains ont l’air de jouets d’enfant, l’ouverture sur la mer transforme l’horizon en fond de scène... autant de toiles peintes... surtout dans les lumières de l’hiver, quand tout le monde est parti. Un décor abandonné, mélancolique et beau. 

Dans ce huis clos à ciel ouvert, quelques frères et sœurs, pères et mères, amis et amants échangent des tonnes d’amours anciennes et d’amours à venir...

Tous ces hommes et toutes ces femmes ont un sentiment commun. Ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë du temps qui passe, du monde qui change… Les chemins qu’ils avaient ouverts se referment peu à peu. 

Il faut sans cesse les entretenir... ou bien en ouvrir de nouveaux. 

Ils savent que leur monde disparaîtra avec eux… 

Ils savent aussi que le monde continuera sans eux... 

Sera-t-il meilleur, pire ?

Grâce à eux, à cause d’eux ?

Quelle trace vont ils laisser ?

Et dans cette situation, soudain, arrive quelque chose, qui peut-être, va bouleverser toutes ces réflexions, une révolution copernicienne : des enfants rescapés d’un bateau échoué se cachent dans les collines. Ce sont deux frères et une sœur, comme un écho à Joseph, Armand et Angèle, et ça remet la fratrie en marche, puisqu’ils décident de garder ces petits avec eux. 

Je crois à cette rencontre. Il y a quelque chose dans la «mondialisation» qui, bien entendu, est de l’ordre de l’avenir. 

Si j’exagère, je dirais que je ne pouvais pas faire un film aujourd’hui sans parler des réfugiés : on vit dans un pays où des gens se noient en mer tous les jours. Et je choisis exprès le mot «réfugiés». Je me moque que ce soit pour des raisons climatiques, économiques, ou à cause d’une guerre, ils viennent chercher un refuge, un foyer. 

Avec ces trois petits qui arrivent, peut-être la calanque va-t-elle revivre ? Angèle, Joseph et Armand vont rester là avec ces trois enfants à élever, et ils vont essayer de faire tenir le restaurant, la colline et leurs idées du monde... 

Et maintenir des liens entre quelques personnes... donc de la paix.

ROBERT GUÉDIGUIAN

(Dossier de presse)