Entretien avec Dorota Kobiela

Comment ce projet est-il né ?

Il est né à un moment où j’étais en pleine crise existentielle : je travaillais dans l’animation mais la peinture, que j’avais étudiée pendant huit ans, me manquait cruellement, et je venais de suivre une formation de réalisation dans une école de cinéma. J’ai eu le sentiment qu’il fallait que j’allie ces différentes passions et que je donne un sens à ma vie. J’avais besoin de trouver ma propre voie. 

Je me suis mise à chercher des sujets de courts métrages et une idée s’est imposée à moi : il fallait que je réunisse mon désir de peindre et ma passion pour le cinéma et que je réalise un film de «peinture animée». À l’époque, j’étais profondément marquée par les lettres de Vincent Van Gogh adressées à son frère Theo : ce sont elles qui ont été le premier déclencheur du projet ; le second a été la découverte de ses toiles. Je me suis rendu compte qu’il avait abordé de nombreux thèmes différents qui pouvaient facilement donner lieu à un récit. Dans ses tableaux, on voit où il a vécu, qui étaient ses interlocuteurs, où il passait son temps. J’ai décidé de consacrer un court métrage à ses derniers jours – jusqu’à ce moment fatidique où il s’est tué. C’était il y a huit ans et à l’époque, je n’imaginais même pas que mon court métrage puisse prendre l’ampleur qu’il a aujourd’hui. 

Comment êtes-vous passée d’un court à un long métrage ? 

Quand je travaillais sur mon court métrage, j’ai rencontré Hugh (qui, après avoir remporté un Oscar pour PIERRE ET LE LOUP, s’est vu confier un nouveau film d’animation en Pologne) et j’ai commencé à élaborer des croquis pour son film. Lorsqu’il a découvert mon projet sur Van Gogh, il a essayé de me convaincre d’en faire un long métrage. Au départ, je me suis dit que c’était totalement délirant, très risqué et somme toute irréalisable. Et puis, j’ai pris conscience que c’était précisément ce qu’avait fait Vincent : prendre des risques fous et ne jamais céder au compromis. Je me suis donc lancée dans l’aventure, sans jamais faire machine arrière. Nous avons réalisé le premier long métrage de peinture animée au monde. 

Pourquoi avez-vous fait ce choix de peinture animée ? 

C’est le meilleur moyen que je puisse imaginer pour raconter l’histoire de Vincent Van Gogh. Il y a eu pas mal de films qui lui ont été consacrés, mais à chaque fois que ses toiles étaient à l’image, elles étaient purement décoratives. Dans notre film, son œuvre est le vrai protagoniste – ses tableaux racontent son histoire – ce qui renvoie à sa dernière lettre adressée à son frère : «On ne peut s’exprimer que par nos tableaux». Nous avons peint chaque plan du film à la peinture à l’huile appliquée sur une toile, en cherchant à être aussi proche que possible de sa technique et de son style. Au total, nous aurons peint 62 450 plans et utilisé 130 tableaux de Van Gogh. 

Qu’y a-t-il de révolutionnaire dans cette approche ? 

La peinture animée est géné- ralement le fait d’un ou deux peintres-animateurs. Du coup, il aurait fallu plusieurs décennies pour réaliser tout un long métrage avec cette méthode traditionnelle. Nous avons choisi de former des peintres à l’animation, plutôt que de faire appel à des animateurs. C’est ainsi qu’on a pu constituer une équipe plus importante. Nous avons aussi mis au point des stations de travail de «peinture-animation » (PAWS) pour simplifier le travail d’animation. Bien entendu, il s’agit là uniquement d’outils pour seconder les peintres. Le plus important reste le talent et les compétences de nos peintres et leur capacité à traiter l’image dans le style pictural de Van Gogh et à animer ses toiles. 

Combien de peintres ont participé au dispositif ? Comment les avez-vous recrutés ? 

Nous avons travaillé au départ avec 71 peintres mais l’équipe s’est enrichie presque quotidiennement - nous ambitionnions d’aller jusqu’à 91. Nous avons mis en place un recrutement en trois étapes : évaluation de leur portfolio, essais de peinture-animation pendant trois jours, et 18 jours d’initiation intensive au style pictural de Van Gogh et à la peinture-animation. 

Quelle histoire le film raconte-t-il ? 

Il s’agit d’une forme d’enquête sur la vie et la mort controversée de Vincent, racontée à travers ses tableaux et les personnages qui y figurent. Le récit s’articule autour des entretiens avec les êtres les plus proches de Vincent et des évocations romancées des événements qui ont conduit à sa mort. Armand Roulin, fils du facteur Roulin, promet à son père de remettre une lettre perdue de Vincent à la famille du peintre et d’élucider un peu les circonstances mystérieuses qui entourent la mort de Vincent. Pour Armand, il s’agit d’un récit initiatique : au départ, il entame son périple en colère et sans le moindre respect pour Vincent, et achève sa trajectoire beaucoup plus averti sur les hommes et les valeurs importantes de la vie.

(Dossier de presse)