Quelques repères sur Vincent Van Gogh

Né aux Pays-Bas, Vincent Van Gogh est le fils aîné d’un pasteur. Issu d’une famille bourgeoise, il doit son prénom à son oncle Vincent «Cent» Van Gogh qui avait bâti sa fortune en s’imposant comme le plus important marchand d’art de Hollande. Autant dire que ses parents, en lui octroyant ce prénom, souhaitaient qu’il reprenne ce commerce lucratif. D’ailleurs, Vincent s’y emploie dès l’âge de 16 ans. Bien que, dans son enfance, il ne se soit pas spécialement intéressé à l’art et n’ait pas fait preuve d’aptitude particulière en la matière, Vincent tente d’apprendre tout ce qu’il peut sur la peinture. Mais son bagage encyclopédique ne l’empêche pas d’être écarté au sein de l’entreprise, puis d’en être licencié définitivement, car on estime qu’il n’a pas l’esprit commercial. Son échec est très humiliant pour ses parents et Vincent tente de se racheter en voulant devenir pasteur comme son père, après avoir cherché vainement à être enseignant en Angleterre et vendeur dans une librairie de La Haye. Pourtant, lorsqu’il s’avère qu’il n’a pas le niveau académique pour réussir ses études de pastorat, ses parents vivent ce nouvel échec comme une humiliation de plus – d’autant qu’ils lui ont payé des cours particuliers pendant un an. Malgré tout, son père lui obtient le poste subalterne d’assistant de prédicateur – tout en bas de l’échelle hiérarchique de l’Église protestante – dans la région minière très pauvre du Borinage. Là encore, Vincent est licencié car il est jugé «excessivement religieux». En effet, il offre les biens de l’Église, ses propres repas et même ses vêtements aux mineurs de fond. 

Refusant désormais toute aide de sa famille, Vincent est au plus mal et se voit réduit à vivre dans une grange du Borinage. Son frère cadet tant aimé, Theo Van Gogh, qui prospère dans le commerce de l’art, lui rend visite pour tenter de le sortir de sa dépression. Theo suggère à Vincent de tirer profit de sa passion pour la peinture… et de devenir artiste. Âgé de 27 ans, Vincent voit là une occasion de s’en sortir et se met à étudier le dessin à partir des manuels que lui procure son frère. Bien qu’il n’ait pas une prédisposition pour le dessin, il finit par progresser, grâce à son dévouement absolu, n’hésitant pas à s’entraîner toute la journée et même la nuit. 

Son oncle par alliance Anton Mauve, plus célèbre peintre hollandais alors en activité, décide de le prendre sous sa protection. Cependant, Vincent se brouille avec lui, notamment parce qu’il héberge une prostituée et ses enfants dans son atelier. Toute sa famille est scandalisée. Theo, qui jusque-là subvenait entièrement à ses besoins, lui coupe les vivres et le contraint à revenir vivre chez ses parents. Tandis que la dextérité de Vincent progresse à grands pas, il signe son premier chef-d’œuvre «Les mangeurs de pommes de terre». Ses rapports avec ses proches se dégradent : il faut dire que Vincent s’est déclaré profondément hostile à l’Église et s’est disputé âprement avec son père. Lorsque ce dernier succombe prématurément à une attaque cardiaque, ses sœurs et sa mère lui en font porter la responsabilité, déclarant qu’il a fait subir un tel calvaire à son père qu’il en est mort. 

Après avoir tenté sa chance à Anvers et dans la lande de Drenthe, Vincent se tourne de nouveau vers son frère qu’il vient voir à Paris. Grâce aux contacts de celui-ci, le peintre fréquente l’atelier Cormon où il croise de jeunes peintres brillants comme Toulouse-Lautrec et Émile Bernard. 

Vincent est plutôt boudé par les artistes plus jeunes et – selon les critères en vigueur à l’époque – plus doués que lui. Jusqu’à ce que Theo, à la demande de sa galerie, se mette à acheter des toiles impressionnistes. Le marchand devient alors l’ami le plus courtisé des peintres attachés à ce nouveau courant… tout comme Vincent dont on recherche désormais la compagnie. Pendant trois mois, Vincent, accompagné de Theo, est la nouvelle coqueluche des cercles de peintres les plus novateurs. Pourtant, la santé de Theo pâtit gravement de ce style de vie dissolue et Vincent a le sentiment de stagner. C’est alors que le peintre décide de mettre le cap sur le sud de la France, en quête de climat ensoleillé et d’arbres en fleurs, comme dans les estampes japonaises qu’il adore. 

Fait totalement inhabituel – il neige quand il débarque à Arles. Mais le soleil ne tarde pas à revenir et les arbres et les fleurs à s’épanouir. On voit aussi naître un nouveau style chez Vincent – qu’on reconnaît aujourd’hui comme emblématique de son œuvre – croisant sa période hollandaise, les approches esthétiques découvertes à Paris et son étude des estampes japonaises. Devenu extrêmement prolifique, Vincent souhaite créer un atelier d’artistes ouvert à ses confrères parisiens. Il loue ainsi la Maison jaune. Seul Gauguin, séduit par la perspective d’un logement gratuit, fait le déplacement. Si les deux hommes s’entendent d’abord à merveille, ils se considèrent bientôt comme des rivaux et la rancœur empoisonne leurs relations. Ils se déchirent de plus en plus violemment et un soir, après une terrible dispute, Vincent se tranche l’oreille et l’offre en trophée à sa putain préférée. Gauguin quitte Arles dès le lendemain matin et Vincent est placé dans l’asile psychiatrique de la région. Au bout de deux semaines, Vincent semble totalement rétabli. Mais un mois plus tard, sa santé se dégrade à nouveau et, sous la pression de ses voisins qui demandent collectivement au maire de la commune de l’éloigner, Vincent est admis de son plein gré à l’asile psychiatrique de Saint-Rémy dans les Alpilles. Pendant un an, il alterne entre des phases où il se sent parfaitement sain d’esprit et des épisodes psychotiques aigus, jusqu’à ce qu’il se considère suffisamment rétabli pour quitter l’établissement. 

Il repart vers le nord du pays pour se rapprocher de Theo, mais il souhaite malgré tout se tenir à distance de l’effervescence et des distractions de Paris et il s’installe donc dans le paisible village d’Auvers-sur-Oise à une heure de la capitale. La commune attire depuis longtemps les peintres, dans la droite ligne de Charles Daubigny, et la plupart des grosses propriétés sont les résidences secondaires de Parisiens fortunés. Outre la bienveillance affichée à l’égard des peintres, Vincent est venu à Auvers parce que c’est là qu’exerce le docteur Paul Gachet, spécialiste des dépressions chez les artistes et fervent partisan de l’école impressionniste. Il soigne d’ailleurs d’autres peintres comme Pissaro, ami des Van Gogh. Gachet est lui-même peintre à l’occasion et aurait bien aimé être davantage qu’un ami des artistes. 

Au départ, le cadre d’Auvers-surOise semble bénéfique à Vincent : il s’investit pleinement dans son travail et se lie d’amitié avec le docteur Gachet. Pourtant, Vincent continue à se sentir préoccupé par sa survie financière, son état de santé, son frère et le nouveau-né de ce dernier, et sa grande solitude. Ses rapports chaleureux avec le docteur Gachet se dégradent et, deux mois et demi seulement après son arrivée au village où il a peint 70 toiles, Vincent revient à l’auberge Ravoux un dimanche soir, grièvement blessé à la poitrine. Il explique qu’il s’est tiré une balle. Il n’a ni son attirail de peintre, ni son arme : son matériel et son pistolet n’ont jamais été retrouvés. Vincent est mort deux jours plus tard, son frère Theo à ses côtés.

(Dossier de presse)