Entretien avec Tonie Marshall

D’où vous est venue l’envie d’imaginer le parcours d’Emmanuelle Blachey, première femme qui accèderait enfin à la tête d’une entreprise du CAC 40 ?

Il y a six ou sept ans, j’ai eu l’idée d’une série, Le Club, sur un réseau de femmes d’influence. Cette série interrogeait la difficulté pour les femmes d’accéder à des postes importants dans le milieu de la politique, de l’industrie, de la presse…

J’ai proposé le projet à diverses chaînes. Seule Arte avait ouvert un œil mais ils diffusaient Borgen, sur un sujet assez proche. Je continuais à penser à ce sujet et je me suis dit qu’il y avait là matière à un film si je réduisais le nombre de personnages et me concentrais sur un seul lieu de pouvoir.

A l’abstraction de la politique, qui repose sur des compromis et des tractations, j’ai préféré le concret de l’industrie. 

Comment avez-vous appréhendé ce milieu des affaires ?

Raphaëlle Bacqué, qui a collaboré au scénario et que j’ai consultée régulièrement pendant l’écriture pour veiller à la crédibilité de l’histoire, m’a aidée à enquêter et permis de rencontrer des femmes qui occupent des hauts postes dans de grandes entreprises comme Anne Lauvergeon, Laurence Parisot, Claire Pedini, Pascale Sourisse…

Elles m’ont confié beaucoup d’anecdotes, dont ces petites humiliations subies au quotidien dans ce milieu essentiellement masculin. Leurs témoignages ont beaucoup nourri le parcours de mon héroïne. Vers la fin, j’emmenais Emmanuelle Devos avec moi pour qu’elle s’imprègne de la gestuelle de ces femmes, de leur façon de s’habiller ou de parler. L’une d’entre-elles m’avait dit : « N’hésitez pas à les faire parler cru ces hommes ! ». Ce n’était pas si facile et j’ai tenté d’être vigilante afin d’éviter la caricature même si toutes les réflexions que j’ai intégrées à mon film, je les ai la plupart du temps recueillies de la bouche même des intéressées. 

Vous pointez tout de même le système et son sexisme ambiant… 

Oui, j’ai tenté au mieux de retranscrire cette espèce d’ordre naturel, cette « misogynie bienveillante », que je dirais « d’ADN », organisée et gagnante à chaque fois car elle est plus que culturelle : elle est inconsciente, et au final inscrite dans le système. Je voulais montrer cet apartheid. 

Je me souviens d’un déjeuner avec un haut dirigeant d’une grande entreprise, très charmant, jusqu’au moment où il a compris le sujet de mon film. Il s’est brusquement mis à crier : « Des femmes à des postes de pouvoir, on voudrait bien en mettre mais y’en a pas ! Y’EN A PAS ! ». Sa réaction démesurée démontrait bien que cette problématique l’avait touché et traduisait peut-être aussi une certaine culpabilité. 

Il est vrai que les grandes entreprises ont du mal à recruter des femmes à de hautes fonctions. Non pas parce qu’il n’y en a pas, mais parce qu’elles ne s’autorisent pas à postuler à ces postes et qu’on ne les y encourage pas. Ou encore certaines renoncent, parce qu’elles imaginent (ou elles savent) qu’ayant pris un poste convoité par des hommes, leur vie va devenir un enfer. Et pendant ce temps-là, les hommes grimpent, grimpent, même les moins bons ! 

Cela dit, Numéro Une se veut un film positif, et le contraire d’un film victimaire. Le discours victimaire me met souvent mal à l’aise. Je sais que le « doute » est un sentiment partagé par presque toutes les femmes, mais, même atteintes ou blessées, nous devons essayer d’être dans l’avancée, toujours croire que les choses peuvent changer. 

Le film s’ouvre sur le Women’s Forum de Deauville. 

C’est la première fois que j’allais dans une manifestation de ce genre, avec autant de femmes ensemble, et j’ai le souvenir d’une très grande gaieté dès la descente du train. Ouvrir et fermer le film sur le Women’s Forum donnait un cadre temporel et symbolique à notre histoire. 

Comment s’est passée la collaboration avec votre coscénariste Marion Doussot ? 

Je suis ravie d’avoir travaillé avec Marion, d’autant plus que nous ne sommes pas de la même génération. Moi, je suis d’une génération heureuse. Quand j’avais vingt ans, j’avais la certitude que rien ne me serait interdit. Des filles avaient déjà entrepris des tas de choses, la route était ouverte. 

Hélas, l’espace des femmes s’est depuis curieusement rétréci, on est en pleine régression. Quand j’ai rencontré des jeunes féministes de l’âge de Marion, j’ai senti un clivage entre nous. Ces femmes de trente ans sont remontées comme des pendules et elles ont raison ! Certes, il y a davantage de parité mais les femmes subissent la recrudescence d’une forme de pruderie, doublée de l’agressivité sexuelle qu’entraîne toute frustration. La morale et la religion, quelles qu’elles soient, ne sont jamais favorables aux femmes. 

D’où tirez-vous la théorie exprimée dans votre film des trois moteurs masculins : le pouvoir, le sexe et l’argent ? Et que les hommes, en général, n’en possèdent que deux sur trois ... 

C’est une chose qu’on a lue ou entendue pendant nos recherches et je pense que c’est très vrai ! Dans cette scène, le sous-fifre humilie le chef. Même entre eux, ces hommes ne sont que dans des rapports de force. 

Un cliché veut que les femmes accédant à des postes de pouvoir soient pires que les hommes… Emmanuelle Blachey et votre film épousent une thèse toute autre… 

Bien sûr que certaines femmes peuvent se comporter très mal, adopter des schémas de domination et de pouvoir. Mais si les femmes étaient en nombre important à des postes de décision, si elles n’avaient pas besoin de se battre autant pour exister, je pense qu’il y aurait moins de « tueuses ». 

Dans Numéro Une, je voulais défendre l’idée que s’il y avait entre 40% et 50% de femmes à la tête des entreprises, le type de gouvernance changerait. On accéderait à un capitalisme plus dialoguant, où entreprendre, lutter et gagner ne serait plus synonyme de guerre de tranchées. Les femmes sont fortes pour le dialogue. Un dialogue plus souple souvent que celui des hommes. Et discuter, c’est l’essence même de l’entreprise, du désir de s’associer, de faire des partenariats. Et au final d’être utile. La vie n’a pas de sens autrement. 

Le film met en scène des patrons mais le sujet concerne tout le monde car il envisage des changements qui rejailliraient sur toute la société. 

C’est grâce à Olympe, un réseau de femmes d’influence, qu’Emmanuelle Blachey accède à son poste. Ce genre de club existe-t-il vraiment ? 

Il y a des réseaux féminins, mais pas de réseaux féminins puissants, m’expliquait l’une des dirigeantes que j’ai rencontrées. Si une femme veut réussir à cette hauteur, elle doit être appuyée par un réseau d’hommes… J’ai donc inventé le pouvoir effectif de ce club, et j’espère l’avoir anticipé… 

On assiste d’ailleurs à une réunion au sein de ce club Olympe. Il fallait l’incarner, faire qu’à un moment ces femmes se retrouvent et discutent. J’ai auditionné des actrices pour cette scène mais rien n’avait l’air vrai. J’ai alors demandé à une très bonne amie féministe, Sophie Bramly, de me présenter de vraies féministes actives, que j’ai filmées à deux caméras pendant une après-midi où elles dialoguaient sur des thèmes abordables pour le grand public… Dans une des versions de montage, cette scène était plus longue et probablement un peu trop documentaire. Mais quand à la sortie de la projection, un agent m’a dit : « Le film est bien, mais ta réunion Tupperware, t’en as pas besoin ! » je me suis dit : « Ah la vache ! La route est longue… ». 

Comment avez-vous abordé la mise en scène de ce monde des patrons ? 

C’était important de planter le décor du CAC 40, de montrer les bureaux, ce monde à part qu’est La Défense, avec ces tours qui abritent de puissantes entreprises. J’ai demandé à mon chef opérateur, Julien Roux, de regarder très attentivement Margin Call. Le film de J.C. Chandor est très bavard, parle de stratégies financières très compliquées mais même si beaucoup de choses nous échappent, on ne s’y ennuie jamais car l’intérêt est constant envers ces personnages qui faiblissent et se ressaisissent… 

Et les scènes sur la plate-forme éolienne ? 

J’adore tout ce qui est industriel et je trouve les parcs d’éoliennes en mer particulièrement photogéniques. Mais ça n’a pas été facile d’en filmer. Heureusement, une entreprise magnifique, Deme, basée à Anvers, nous a répondu : « Nous allons vous aider parce que nous sommes des amis du sujet du film. » Son patron joue son propre rôle dans le film. 

Qu’Emmanuelle soit bloquée sur cette plate-forme permettait qu’elle passe du temps avec ses partenaires chinois et qu’un rapport plus léger s’installe entre eux. J’aimais aussi qu’elle se retrouve à partager la cabine des filles travaillant sur la plateforme, qui à leur niveau, subissent le même type d’insultes et de harcèlement qu’elle... 

Les confidences de ces filles sont édifiantes… 

Un jour qu’il revenait d’une visite d’usine, mon compagnon m’a raconté qu’un contremaitre lui avait dit en parlant de l’atelier des femmes : « Et maintenant, on va visiter le parc à moules. » Cette phrase d’une violence que je n’ai jamais oubliée, je voulais la mettre dans le film. Quant à « Je vais te mettre ma queue dans la bouche », je pense qu’on est nombreuses à avoir reçu ce genre de coup de fil…

L’ascension professionnelle et le parcours personnel d’Emmanuelle sont intimement liés… 

Le jour où Emmanuelle se rend à ce forum de femmes à Deauville, les secours sortent de l’eau le corps d’une noyée. Cet événement provoque chez elle la réminiscence d’une blessure intime qui va la faire se questionner sur la problématique qui, d’une certaine manière, a tué sa mère. 

Au départ, Emmanuelle éprouve des réticences envers e réseau Olympe, mais petit à petit, elle fait son chemin vers le féminisme. Quand elle explique dans son discours final que sa mère n’a jamais trouvé sa place dans la société, Emmanuelle l’intègre à une cause féministe plus vaste à défendre. Son rapport à sa mère dépasse alors le traumatisme d’enfant. 

D’où est venue l’idée que sa mère est morte de noyade ? 

Parce que perdre un être cher en mer est profondément traumatisant. Je l’ai personnellement éprouvé à travers la noyade de Fanette, la sœur du peintre François Arnal, avec lequel ma mère vivait à l’époque. On n’a jamais retrouvé son corps. Même pour moi qui n’étais pas sa fille, cet accident a été très violent. Pendant des années, quand je me baignais dans la mer, j’étais persuadée que Fanette était là, flottant entre deux eaux, avec ses grands cheveux noirs.

La noyade sans retrouver le corps permettait de laisser planer l’ambiguïté : accident ou suicide ? Contrairement à son père, Emmanuelle pense que sa mère s’est suicidée… Ce genre d’événement vous revient forcément en boomerang et ne vous quitte jamais quand vous progressez dans la vie. 

Le malaise du père est suivi d’un enterrement : pas le sien mais celui d’Adrienne… Une manière d’affirmer que la transmission au cœur du film est celle qui opère de femme en femme ? 

Oui, c’était important, même si je ne l’ai pas réfléchi de manière aussi consciente. 

Le discours de Véra à l’enterrement existait au départ sous une forme bien plus formelle. On a ensuite orienté ce discours vers des propos plus personnels : « J’ai entendu dire qu’elle était une salope… » Le parler cru, c’est là qu’on pouvait le mettre… 

Les deux moments où l’on voit Emmanuelle avec sa fille sont des moments de complicité singulière. 

Pour la scène où Emmanuelle est au chevet de sa fille endormie, je me suis inspirée de ce que m’avait raconté Caroline Champetier. Quand elle rentrait très tard d’un tournage et que sa fille était déjà endormie, peu importe, elle lui racontait sa journée. Comme les bébés qui entendent dans le ventre de leur mère, je suis sûre que quelque chose passe à travers ces paroles et fait que le lien existe entre Emmanuelle et sa fille. 

Quant à la scène sur le chemin de l’école, elle est inspirée d’une tirade de Cyrano slamée par Oxmo Puccino. Je trouvais ça magnifique et ça leur offre un moment de complicité. 

Entre Emmanuelle et sa fille, je ne voulais pas d’un quotidien trop réaliste. Forcément, ces mères qui occupent de hautes responsabilités ne sont pas exactement dans la norme, mais elles font autrement, en partageant des moments, des idées. Et puis de la gaité. Surtout de la gaieté ! 

Le père d’Emmanuelle, intellectuel et ancien universitaire, est très critique envers le monde des affaires dans lequel œuvre sa fille. 

Le discours anti-patron est assez prégnant en France… Je voulais que cette petite voix critique française existe dans le film par le biais de ce prof de philo pour lequel Carlos Ghosn est un homme de « peu de foi ». C’était important d’avoir ce contrepoint, ce regard sur ce monde très violent. Tout en étant réservé et lointain, Sami Frey a une grande prestance. 

Le dialogue entre Emmanuelle et son père est frontal mais à chaque réplique, j’espère qu’on sent qu’ils s’adorent. Ils se sont retrouvés tous les deux seuls après la mort de la mère, leur lien est puissant. 

Il s’est passé un truc entre Emmanuelle Devos et Sami Frey quand on a été le voir. Je ne sais pas précisément quoi mais ils avaient une façon de se regarder… Et quand nous sommes sorties de chez lui, Emmanuelle m’a dit : « Ca y est, je sais comment jouer le personnage. » 

Après Tontaine et Tonton, c’est la deuxième fois que vous travaillez avec Emmanuelle Devos. 

J’avais appelé mon personnage Emmanuelle avant de penser à elle, je ne pourrais vous dire pourquoi… Emmanuelle est quelqu’un que j’aime beaucoup, avec laquelle je me sens très libre, dans un rapport de vérité et de travail. 

Pour ce rôle, nous avons beaucoup travaillé sur son maintien, sa démarche, ses vêtements ou ses chaussures. Il fallait qu’elle attrape une assise, une tenue de corps et de langage propre aux fonctions de dirigeante d’entreprise. 

Il fallait aussi qu’elle apprenne le chinois ! Li Song, qui joue l’interprète dans le film, l’a coachée pendant des mois, c’est une langue difficile ! 

Qu’elle sache parler chinois était important pour vous ? 

Oui, cela fait écho aux contes chinois que lui racontait sa mère. Pour moi, la mère d’Emmanuelle était une femme brillante, érudite, pourquoi pas sinologue… En tout cas, elle a transmis un peu de cette culture à sa fille, et cela lui sert considérablement dans son métier. Dans la scène au restaurant avec les partenaires chinois, sa maîtrise de la langue réduit ses collègues hommes au silence. Ils sont comme bâillonnés pendant qu’Emmanuelle discute dehors avec les Chinois, en fumant sa clope et en buvant. Cela me faisait plaisir de filmer ça ! 

Dans la voiture ensuite, son supérieur essaye d’amoindrir son succès : « Belle opération séduction » lui dit-il, « Ben non, travail, camouflage… » lui répond-elle. Elle a beau remettre les choses à leur place, il lui met la main sur le genou très naturellement pendant l’échange… Un geste non pas d’agression sexuelle mais de familiarité de propriétaire, qui traduit là encore une volonté sans doute inconsciente de la « rétrécir ». 

Les relations entre Emmanuelle et son mari sont solides mais complexes. 

Toutes les femmes occupant des hauts postes que j’ai rencontrées racontent qu’elles ne pourraient pas avoir une vie privée et des enfants si elles n’avaient pas un vrai partenaire de vie qui les comprend, qui sait prendre le relais… Elles rendent toutes hommage à la personne qui partage leur vie. 

Le mari d’Emmanuelle est un avocat dont les affaires sont fluctuantes, alors qu’elle, au contraire, est à un moment exponentiel de sa carrière. C’est très compliqué de gérer ça dans un couple. 

Pourquoi le choix de John Lynch pour interpréter le mari d’Emmanuelle ? 

Je cherchais un acteur anglais sachant parler un peu français et au physique solide. J’avais vu John Lynch dans The Fall, une très bonne série dont le personnage principal est justement une femme flic très libre. Je trouvais qu’il avait une humanité et une virilité – un côté irlandais ! – qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’Emmanuelle et lui ont un vrai rapport amoureux et une sexualité. 

Et le duo Richard Berry/Benjamin Biolay ? 

Pour Beaumel, j’avais en tête un petit brun conquérant et nerveux comme Nicolas Sarkozy ou Henri Proglio, dont on m’a toujours dit qu’il était extrêmement gentil, attentif, avec toujours un petit mot pour chacun et jamais dans la morgue. 

Richard a tout de suite eu un rapport de bienveillance vis-à-vis de son personnage. Ce qui allait dans le sens du film car je voulais que ce type soit quand même un peu sympathique, ni tout noir, ni tout blanc. 

Quant à Benjamin Biolay, je trouvais qu’il faisait un bon contrepoint à Richard Berry. Leur couple est étonnant, on les imagine bien tisser ensemble leur toile politique et professionnelle, être dans un rapport de conquête avec les femmes, partant en bordée ensemble… 

Et Francine Bergé dans le rôle d’Adrienne ? 

Adrienne représente la génération des femmes comme Françoise Giroud, Simone Veil ou, moins politiques, Gisèle Halimi, Monique Wittig, les pionnières, indépendantes… Au moment où je cherchais une actrice crédible dans le rôle, Brigitte Moidon, ma directrice de casting, m’a évoqué Francine, qui jouait alors Liliane Bettencourt au théâtre. Son physique assez sec était parfait pour incarner cette femme d’influence. Quant au personnage de Véra, j’avoue que j’avais pensé d’abord à une actrice plus âgée qui aurait davantage évoqué le pouvoir, puis je me suis dit que c’était plus juste de rajeunir le personnage pour évoquer le féminisme d’aujourd’hui. Il y aura un passage de témoin entre Adrienne et Véra. J’aime le trio que Francine forme avec Suzanne Clément et Anne Azoulay, qui ont un côté « femmes de poigne », ambitieuses, très physiques, avec un maintien inouï, une fermeté de corps… 

Vous ne tombez jamais dans le cynisme… Même à la fin, quand Emmanuelle fait « affaire » avec Ronsin, qui n’est finalement pas qu’un sale type… 

Oui, il est juste pragmatique. Et quand il lui dit : « Je serai à vous à 100% pendant deux ans. », c’est vrai, il est sincère. 

A un moment donné, Emmanuelle est obligée de jouer un minimum le jeu. Ces nominations sont aussi des rapports d’influence et de pouvoir. En ce sens, mon film n’est pas totalement utopiste ! 

Vous avez un point commun avec Emmanuelle Blachey : vous êtes la première femme – et toujours la seule à ce jour – à avoir reçu le César du… « meilleur réalisateur ». 

Certes mais le cinéma reste un cas à part selon moi. Je n’ai jamais entendu dire qu’un film ne se montait pas parce qu’il était fait par une femme. Je me souviens que Daniel Toscan du Plantier disait que deux mouvements avaient été prépondérants dans le cinéma français : la Nouvelle Vague et l’arrivée en masse des femmes dans le cinéma français à la fin des années 80. Je ne peux pas dire le contraire… Cela bouge aussi au niveau de la technique, avec des filles chef opératrices, machinos… 

La France est le pays où il y a le plus de réalisatrices femmes. Plus il y en aura, mieux ce sera même si je ne suis pas pour autant d’accord avec l’appellation « films de femmes ». Si tu es cinéaste, peu importe que tu sois homme ou femme… Ce qui importe surtout, ce sont les sensibilités, et la diversité. 

Le film s’achève sur un discours officiel d’Emmanuelle au parterre du Women’s Forum qui devient une voix off intérieure… Toujours cette intrication du public et de l’intime… 

Je voulais qu’il y ait une ambiguïté : est-ce un discours réel, un discours qu’elle a fait, ou qu’elle va faire ? Que fait-elle sur cette plage ? Et puis je voulais que le film se termine par une chanson. J’avais au départ l’idée de faire chanter a capella Woman de John Lennon par Oxmo Puccino, car je souhaitais qu’un homme rende hommage aux femmes à la fin. Et puis j’ai trouvé une sublime version d’un autre Woman, la chanson de Neneh Cherry, interprétée par une Écossaise, Alex Hepburn. Mais je regrettais qu’il n’y ait pas un homme à la fin, alors, très généreusement, Benjamin a dit : « Je vais appeler Oxmo et on va te la faire ta chanson ». Et voilà, ces deux très beaux « machos » ont écrit et chanté La Femme que je trouve formidable et gaie et qui clôt le film comme je le souhaite… 

Propos recueillis par Claire Vassé 

(Dossier de presse)